Un foulard et un collier traditionnel. Ce sont les deux cadeaux que Micheline Calmy-Rey a reçus mercredi des mains d'Osan Baydemir, maire de Diyarbakir. Au deuxième jour de sa visite en Turquie, la ministre s'est entretenue avec Osan Baydemir, de même qu'avec le gouverneur local Efkon Ala, dans cette grande ville kurde d'un million d'habitants. La conseillère fédérale socialiste, sensible à la question kurde, a très diplomatiquement exprimé à ses interlocuteurs sa «satisfaction» face aux réformes en cours en Turquie, tout en plaidant pour un plus grand respect des minorités, des droits de l'homme et de la liberté d'expression.

Hasard du calendrier: alors que Micheline Calmy-Rey visitait plusieurs ONG de défense des droits des femmes, la Cour européenne des droits de l'homme (CEDH) venait de condamner Ankara pour avoir, dans deux cas, violé la liberté d'expression de ressortissants d'origine kurde. L'un a été condamné en 1996 à 13 mois et dix jours d'emprisonnement pour «propagande contre l'intégrité de l'Etat», condamnation jugée disproportionnée par la CEDH. L'autre requérant s'est vu saisir un livre qu'il venait d'achever, en 1997. Or, la CEDH a estimé que «même si le ton de certains passages pouvait paraître très hostile», ils n'étaient que «l'expression d'un profond désarroi face à des événements tragiques et ne constituaient pas un appel à la violence».

Visite de quatre ONG

Consciente du problème des minorités en Turquie, Micheline Calmy-Rey a voulu se rendre compte des conditions de vie de ces personnes sur le terrain. En septembre 2003, un premier voyage avait été annulé parce que le Grand Conseil vaudois venait de reconnaître le génocide arménien. Le programme prévu dans la région kurde avait également irrité Ankara. La ministre a donc dû quelque peu revoir ses plans. Elle n'a ainsi visité mercredi que quatre ONG, deux en partie financées à travers l'ambassade de Suisse en Turquie et deux par la Direction du développement et de la coopération (DDC).

Le thème reste très délicat. Mardi, la ministre avait expliqué à son homologue Abdullah Gül que, malgré l'insistance d'Ankara, la Suisse ne qualifierait pas le Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK, rebaptisé Kongra-Gel) d'organisation terroriste. Parce que la Suisse désigne des individus comme terroristes, pas des organisations (sauf Al-Qaida, en raison d'une résolution de l'ONU).