La TV valaisanne Canal 9 en appelle à la générosité de ses téléspectateurs

Médias Perdant une importante recette issue des câblo-opérateurs, la chaîne du Valais sollicite ses fidèles pour un quart de son budget

Léonard Gianadda lançant à la foule «t’as pas trois balles?», c’est évidemment peu banal. Les Valaisans vont le voir ces temps, aux côtés d’autres figures du canton, faisant la retape pour la TV régionale. Canal 9 se lance dans une opération inédite pour une TV locale: l’appel direct à ses téléspectateurs pour assurer une partie importante de son budget.

L’année prochaine, la TV valaisanne, qui fête ces jours ses 30 ans à la Foire du Valais à Martigny, perdra un apport des téléréseaux communaux. Depuis son arrivé sur le câble sierrois en 1984, la chaîne n’a jamais perçu de subventions directes. Elle a bénéficié d’un forfait de 3 francs par mois et par abonné des téléréseaux, depuis regroupés sous le label Net+. Ceux qui ne voulaient pas payer pouvaient le dire. Cependant, cette manne a représenté jusqu’à 2,5 millions de francs pour un budget actuel de 8 millions. Avec l’essor de la TV par Internet, les abonnés des téléréseaux décroissent, le gain pour Canal 9 aussi. Mais il pèse toujours près d’un quart de ses recettes, 1,7 million, versé par 50 000 ménages.

36 francs par an

Cependant, dans un «monde de concurrence féroce», selon le président de Canal 9 Olivier Dumas, les câblo-opérateurs ne veulent plus réaliser cette ponction. La chaîne veut donc la demander de manière volontaire aux téléspectateurs. Grâce à des affiches, d’un tous-ménages et d’appels du pied sur les réseaux sociaux, elle propose aux fidèles de la soutenir pour les historiques 3 francs par mois, ou 36 francs par an.

Si Canal 9, qui emploie 65 personnes, récolte trop peu, elle devra «réduire l’offre, mais sans toucher à ce qui est demandé par la concession», indique Olivier Dumas. Il laisse entendre que des débats politiques et des retransmissions sportives seraient concernés.

Au moment où la gratuité de l’information semble évidente aux yeux d’une partie non négligeable du public, le pari de Canal 9 est risqué. La chaîne soumet au bon vouloir du public 22% de son budget, le reste venant de la publicité et des partenariats (34% du total) ainsi que de la part de la redevance dévolue aux chaînes locales, soit 44%. Un subside cantonal a été envisagé mais la piste n’a pas abouti, et «en considérant l’esprit partisan et clanique du Valais, il est important que nous n’ayons pas de couleur politique ou religieuse», précise Olivier Dumas, ancien président de Martigny.

Afin de convaincre les spectateurs-donateurs, le directeur Vincent Bornet mise sur une histoire de proximité, «trente années de présence et d’interventions dans le canton». Selon un sondage de 2012, 75% des habitants disent regarder la chaîne une à plusieurs fois par semaine. Et l’appel au peuple étend l’assiette de perception, puisque les Haut-Valaisans, qui ne versaient pas les 3 francs du câble, sont sollicités. Pour ce qui ressemble fort à un test de popularité grandeur nature.