Le 11 juillet à Moscou, Vladimir Poutine n'a pas mâché ses mots devant Pascal Couchepin concernant le dossier du drame d'Uberlingen, pomme de discorde entre la Russie et la Suisse. «Nous ne pouvons admettre, ni vous, ni moi, que ce problème soit noyé dans des arguties juridiques. J'espère que cette affaire sera réglée de la même manière que s'il s'agissait d'une compagnie occidentale!» a-t-il notamment fait savoir au président de la Confédération, en exigeant une indemnisation rapide des victimes du crash. Quelque peu brusqué par le président russe, Pascal Couchepin a reconnu que la gestion de la tragédie en Suisse ne s'était pas toujours faite «de manière optimale» (Skyguide avait notamment un peu rapidement désigné les coupables: les avions russes mal entretenus ainsi que les pilotes ne parlant pas l'anglais…), tout en rappelant que le fonds d'indemnisation créé fin juin devrait précisément permettre d'éviter de longues procédures judiciaires. Pascal Couchepin a ainsi assuré que la Suisse s'efforcerait d'obtenir des réparations financières promptes mais non sans demander à Moscou de faire preuve de patience. Car la balle est désormais dans le camp de la société de surveillance aérienne Skyguide – elle appartient à la Confédération –: à elle de contribuer à lever le dernier obstacle au dégel des relations diplomatiques entre la Suisse et la Russie en réglant rapidement les derniers détails du dossier.

Si Skyguide continue d'affirmer que la lenteur du dossier découle bien de complexités juridiques, elle se veut aujourd'hui rassurante: les premières familles de victimes pourraient être indemnisées dans les semaines qui viennent.

Alexander von Ziegler, avocat de Skyguide et de son assurance Winterthur, va en effet rencontrer ces prochains jours tous les avocats des plaignants afin de négocier les sommes dont ces derniers devraient bénéficier. Des sommes que ni Skyguide ni le Département fédéral des finances ne veulent préciser: une clause de confidentialité exigée par les assureurs et réassureurs les en empêchent.

Les Russes sceptiques

Des indiscrétions laissent toutefois penser que Skyguide (en fait son assurance) pourrait contribuer au fonds créé à son initiative à hauteur de 50 millions de dollars. Tant les gouvernements suisse qu'allemand – qui se sont engagés à prendre part au pool financier sans y être juridiquement tenus – pourraient verser quant à eux 10 millions chacun alors que les avocats des familles des victimes réclament 105 millions, soit environ 1,5 million par victime.

Ce fonds suscite toujours un aussi grand scepticisme de la part des Russes qui craignent que la Suisse, en privilégiant cette voie extrajudiciaire, cherche à s'en tirer à bon compte. «Vous savez, de nombreuses lettres que nous recevons nous démontrent à quel point les familles de victimes sont parfois mal informées par leur propre avocat: une Convention de Varsovie oblige théoriquement Bashkirian Airlines à verser 20 000 dollars par personne et beaucoup de familles ont obtenu des montants bien inférieurs…», tient encore à souligner Rosemarie Rotzetter, porte-parole de Skyguide. Une manière de démontrer que beaucoup de malentendus subsistent encore du côté russe. Dans l'idéal, la société souhaiterait que Bashkirian Airlines et DHL contribuent également au pool financier.

L'accident survenu le 1er juillet 2002 entre un Tupolev de la compagnie Bashkirian Airlines et un Boeing de la société DHL au-dessus du lac de Constance, région placée sous le contrôle aérien de Skyguide, avait fait 71 victimes, dont 69 russes. Des enfants essentiellement.