UDC et MCG accusés de visées électoralistes

Genève Les deux partis convoquent le Grand Conseil en séance extraordinaire sur l’asile

Les partis UDC et MCG, de concert, ont frappé. Il aura suffi des 30 signatures de leurs députés pour convoquer une séance extraordinaire du Grand Conseil sur la migration. Avec trois résolutions: revoir la clé de répartition des requérants d’asile entre les cantons, inciter Berne à refuser des quotas de migrants imposés par l’Union européenne et dédier le fonds de solidarité international que consacre le canton exclusivement aux pays limitrophes du conflit. Démagogique? «Certainement pas, se défend le député et président d’honneur du MCG Eric Stauffer. Je suis partisan d’une action concrète dans les pays comme le Liban et la Turquie.»

Boycotter ou pas

A gauche comme à droite, on ne goûte guère ce qui est considéré comme une prise d’otage institutionnelle. «Ce qui est révoltant, c’est que ces deux partis aient utilisé ce subterfuge pour remettre sur l’ouvrage un objet qui a déjà été refusé à la dernière séance», réagit la cheffe de groupe PDC, Béatrice Hirsch. «C’est une opération purement électoraliste», enchaîne le député PDC Bertrand Buchs, auteur d’une résolution – renvoyée en commission – qui réclamait d’accueillir un nombre important de réfugiés syriens et qui invitait le gouvernement à demander à Berne la caserne des Vernets pour leur hébergement.

Du coup, ce député a lancé l’idée de boycotter la séance extraordinaire. «Mais les retours ne sont pas très favorables, avoue-t-il. Il reste donc l’option de proposer le vote sans débat. Il faudrait alors que la gauche et le PLR soient avec nous, puisqu’il faut deux tiers des voix.»

Au PLR, Nathalie Fontanet estime que «le boycott équivaudrait à utiliser les mêmes méthodes que le MCG et l’UDC, qui instrumentalisent un drame humain pour des visées purement politiques». Cheffe de groupe des Verts, Sophie Forster Carbonnier est aussi dubitative: «Le boycott laissera toute la place au MCG et à l’UDC, ce qui n’est pas souhaitable. Quant à la procédure de vote sans débat, je n’y crois pas trop. Tout le monde voudra s’exprimer, car nous sommes en pleine campagne pour les fédérales. Mon seul espoir, c’est que ce débat, dont Genève ne sortira pas grandi, soit le moins long et le moins pitoyable possible.»

Quoi qu’il en soit, il coûtera à l’Etat. Précisément 16 000 francs en jetons de présence aux députés, auxquels s’ajouteront environ 10 000 francs en frais de fonctionnement. Mais Eric Stauffer pare déjà à ces critiques: «J’ai proposé de renoncer aux jetons de présence et de les reverser à la Croix-Rouge genevoise pour aider les Syriens», assure-t-il. Une idée qui est aussi venue à Bertrand Buchs. Nathalie Fontanet en revanche qualifie cette proposition de «mascarade»: «Le MCG compte-t-il se racheter une virginité avec cette proposition, alors que ses résolutions sont inacceptables? A titre personnel, je pense que nous n’avons pas besoin de cette légitimité-là pour affirmer notre soutien aux réfugiés. Je préfère laisser l’aide à la responsabilité individuelle.» Le Grand Conseil décidera ce jeudi de la date de cette séance extraordinaire.