Actifs depuis plusieurs mois, les adversaires de l’initiative de l’UDC pour l’expulsion des criminels étrangers, deuxième du nom, se sont remis à espérer à la lecture des résultats du second sondage national, mercredi passé: le non progresse pendant que le oui recule. La mobilisation de la société civile a rencontré un écho qui a dépassé leurs prévisions: 52 332 personnes ont répondu à l'«appel urgent» et 1 096 279 francs ont été récoltés pour financer des affiches et annonces dans les journaux appelant à voter contre cette initiative.

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Ils se gardent bien de crier victoire. Et pour cause: voilà sept ans, les sondages laissaient penser que l’initiative réclamant l’interdiction des minarets échouerait dans les urnes. On connaît la suite: cette autre revendication de l’UDC a été acceptée par 22 cantons sur 26 et 57,5% de la population. Ce résultat a montré que les enquêtes d’opinion étaient fragiles lorsque l’enjeu comprenait une forte composante émotionnelle; on a soupçonné une partie des personnes interrogées de ne pas avoir dit la vérité lors du sondage.

Protégeons «nos femmes et nos filles»

Il est donc possible que ce scénario se reproduise avec les criminels étrangers. L’UDC a fait de cet article constitutionnel de mise en œuvre, qui a été publié avant même que le parlement ait eu le temps de préparer la loi d’application de la première initiative sur les «moutons noirs», une démarche complètement émotionnelle. Elle conduit sa campagne à l’aide de slogans populistes, le dernier en date invitant les Suisses, les hommes donc, à protéger «nos femmes et nos filles».

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Mais cela ne suffira peut-être pas, et l’UDC pourrait elle-même être la principale responsable de son échec, si celui-ci survient dimanche. Car son initiative n’est, paradoxalement, pas simple du tout. Au contraire: le parti veut inscrire dans la Constitution et un descriptif très précis de 23 situations débouchant sur l’expulsion automatique.

Or, la Constitution, qu’on a épurée de tout le superflu en 1999, n’est pas là pour ça: on n’y inscrit que les principes, par exemple l’interdiction de construire des minarets en Suisse, mais les détails sont réglés dans les lois d’application, en l’occurrence dans le Code pénal. Du point de vue institutionnel, l’initiative de l’UDC est une incongruité absolue.

Un concours d'apophtegmes réducteurs

Jusqu’au début de l’année, on ne donnait guère de chances à ce genre d’arguments, tant les émoticônes de l’UDC semblaient occuper le terrain. Mais c’est peut-être en train de changer. Les débats télévisés y sont sans doute pour quelque chose. Qu’il s’agisse d’Infrarouge ou des deux (!) émissions Arena consacrées à ce thème, les partisans de l’initiative n’ont pu se contenter de formules à l’emporte-pièce. Ils ont bien dû expliquer pourquoi telle ou telle situation débouche sur un renvoi immédiat alors que telle autre ne le prévoit pas. Habitués à entendre les représentants de l’UDC proférer des apophtegmes réducteurs, des électrices et électeurs se sont mis à douter.

Un indice tendant à accréditer hypothèse est l’évolution des avis entre les sondages. En 2009, l’initiative pour l’interdiction des minarets a gagné en popularité d’une enquête d’opinion à l’autre et a fini par être acceptée. Cette fois-ci, l’initiative sur le renvoi effectif des délinquants étrangers semble perdre du terrain entre la première et la seconde prise de température.

Cette tendance explique la perceptible nervosité qui a gagné les rangs de l’UDC. Alors que la victoire paraissait aisée, l’issue est devenue plus incertaine. Il n’est plus exclu que la mobilisation de la société civile se révèle la plus convaincante. Mais attention: la dimension émotionnelle reste forte.