Défense
En contradiction avec son parti, l’UDC, Ueli Maurer veut donner la priorité aux tâches d’appui aux autorités civiles. Avec une armée réduite à 100 000 hommes, la sécurité sera réduite, prévient-il
Après avoir rendu visite la semaine dernière à la plus petite armée du monde, la Garde suisse du Vatican, le ministre de la Défense Ueli Maurer doit désormais adapter «la meilleure armée du monde» à la diminution des effectifs, à la réduction du budget et aux nouvelles menaces, qui ne sont plus militaires.
Ce sont les grandes lignes de ce projet «Développement de l’armée» que le ministre de la Défense est venu défendre lundi, sur la place d’exercices du génie, à Mägenwil (AG), avant la mise en consultation du projet de loi sur l’armée en juin.
Un peu à contrecœur, non sans avoir prévenu qu’une «réduction des effectifs c’est une diminution de la sécurité», le ministre de la Défense est en train d’amorcer un virage stratégique remarqué. Désormais, a-t-il admis, avec une armée réduite à 100 000 hommes par le parlement – au lieu de 180 000 actuellement – et dans la perspective d’une absence de conflit sur le continent dans les décennies à venir, c’est le soutien aux autorités et à la population civiles qui sera l’une des principales tâches de l’armée.
«Nous devrons subvenir aux besoins des autorités civiles qui pourraient être débordées en cas de menace terroriste, de catastrophe naturelle ou de pandémie», précise-t-il. L’armée ne devra jamais être une force de police supplétive, mais demeurer «la plus importante réserve de sécurité de la Confédération».
Même si la notion de défense demeure, Ueli Maurer se place ainsi en porte-à-faux avec le président de son parti, Toni Brunner. Celui-ci rappelait dans la NZZ am Sonntag que, selon l’UDC, «l’armée doit se concentrer sur sa tâche principale, la défense nationale à l’intérieur des frontières du pays… dont la sécurité et la surveillance des frontières font partie. Nous ne devons pas compter sur nos voisins. Nous avons besoin d’une infanterie forte et en complément d’une force aérienne efficace.»
Pour Ueli Maurer, le virage est délicat. D’une part il ne peut se mettre son parti à dos, d’autre part il doit éviter de fournir des arguments au Groupe pour une Suisse sans armée (GSsA) et aux partisans de la suppression de l’obligation de servir, avant la votation du 22 septembre, dit-on dans son entourage, qui confirme la prudente adaptation du ministre à l’absence de menace militaire directe.
Le changement de mission de base vers le soutien aux autorités civiles devrait se traduire par le renforcement des régions territoriales, auxquelles seront alloués des bataillons de fusiliers, du génie et des troupes de sauvetage, pour soutenir les cantons dans la protection d’infrastructure ou en cas de catastrophe.
A côté, les troupes consacrées à la défense devraient perdre de l’importance. Il est peu vraisemblable que tubes d’artillerie et chars soient remplacés un jour. Les blindés seraient un peu dans la situation de la cavalerie dans les années 1960. De 700 chars en 1961, on passera à une centaine dans la nouvelle armée et de 1500 tubes d’artillerie, à 68, avec deux brigades mécanisées. L’armée disposera de 109 bataillons au lieu de 177 aujourd’hui.
Mais la grande adaptation aux nouvelles missions et menaces, comme la cyberdéfense, ne devrait pas se faire avant 2020, a voulu calmer Ueli Maurer. Faute de moyens financiers, il veut se concentrer sur la mise en place des réformes et la stabilisation de l’armée. Ainsi, les écoles de recrues seront ramenées de 21 à 18 semaines, en cherchant une harmonisation avec le début des périodes universitaires; les cours de répétition devraient eux s’étaler sur 6 fois 13 jours et la durée de service passer de 260 à 225 jours.
Ainsi, avec une armée réduite à 100 000 hommes, il peut se produire, entre deux cours de répétition, «qu’il n’y ait momentanément pas d’armée. Nous allons devoir manœuvrer sur une couche de glace très mince à l’avenir.» C’est la raison pour laquelle le conseiller fédéral veut des troupes plus mobiles, susceptibles d’être mises sur pied plus rapidement.
Cela suppose de compléter les cinq centres logistiques actuels par des dépôts de matériels plus proches des régions. Et donc de disposer d’équipements supplémentaires.
Tout cela coûte cher, prévient Ueli Maurer qui rappelle qu’une armée réduite ne signifie pas une diminution des dépenses. Bien au contraire. Raison pour laquelle il estime que l’armée doit aussi accepter une baisse du niveau technologique de son équipement. Comme pour le choix du Gripen: disposer de capacités raisonnables, efficaces et dans nos moyens.
Le conseiller fédéral ne peut pas se mettre son parti à dos et doit éviter de fournir des arguments au GSsA