Diplomatie

Ueli Maurer sur CNN, un président ne devrait pas faire ça

La prestation linguistique désastreuse du président de la Confédération lors de sa visite aux Etats-Unis consterne

Ce sont des secondes qui paraissent une éternité. «Trump veut que la Suisse établisse un canal de communication avec l’Iran», lit-on sur le bandeau «Breaking News» de CNN. La journaliste pose sa question: les Iraniens devraient-ils appeler le président Trump? Tout de suite, on pressent la catastrophe. Pas parce que le président ne peut répondre à cette question sur le fond. Parce que, très visiblement, il ne comprend pas la question. Interrogé en duplex depuis Washington, Ueli Maurer jette un regard éperdu sur le côté, hors du champ de la caméra, vers son conseiller souffleur qu’on ne verra jamais mais dont le micro capte la traduction en dialecte. Et plusieurs secondes plus tard, une éternité, le président répond, avec un très fort accent, légèrement à côté.

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La deuxième question est posée un peu plus lentement: «Qu’avez-vous discuté à propos de ces canaux?» Nouveau regard éperdu hors caméra. «Je peux répéter, bien sûr», propose aussi la journaliste, incrédule, et dont les questions se font de plus en plus simples. «Quel était votre message spécifique pour le président Trump?» «I can nothing say to this issue», bredouille Ueli Maurer. Trouble, silences, petits sourires pour donner le change. La gêne devient souffrance. L’entretien est finalement abrégé.

Guy Parmelin peut remercier Ueli Maurer. Enfoncé, le «I can English understand» du Vaudois qui avait fait tellement jaser fin 2015: après tout, ce n’était qu’au moment des auditions des candidats UDC, à Berne. La contre-performance du Zurichois, en direct sur une antenne internationale et sur un sujet qui tend toute la planète, a une autre envergure. D’autant qu’à l’écrit aussi, son anglais est calamiteux, à en juger par les photos du livre d’or qu’il a rempli. «Withe House» au lieu de «White House», «together» écrit sans R, voire Switzerland «Präsident» pour «President»: «C’est bien l’UDC qui veut supprimer l’anglais au primaire», se moquent des internautes…

Ueli Maurer avait déjà dû confesser ne pas avoir lu le contrat d’acquisition du Gripen parce qu’il était en anglais. Même si sa visite à Washington a été improvisée, sans beaucoup de préparation possible, cela fait tout de même dix ans qu’il est au Conseil fédéral et qu’il représente la Suisse à l’étranger. Est-il crédible pour défendre une Suisse internationale, ouverte sur l’étranger, carrefour des peuples et des cultures?

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Le «bad English shaming», sport européen

Maigre consolation pour les Helvètes consternés, le bad English shaming est devenu depuis plusieurs années un sport européen, et en leur temps le président du Conseil italien Matteo Renzi, la maire de Madrid Ana Botella ou en France le président Hollande ou le premier ministre Jean-Pierre Raffarin ont eux aussi suscité sarcasmes et moqueries pour leur mauvais anglais. A l’inverse, Alain Berset, Ignazio Cassis, Karin Keller-Sutter et Simonetta Sommaruga sont des polyglottes confirmés.

Il est cependant une autre version de l’histoire, plus à l’honneur de la Confédération: Ueli Maurer n’aurait pas entendu les questions de la journaliste de CNN, car ses oreillettes ne fonctionnaient pas et c’est pour cette raison qu’il se les faisait répéter. Mais il parle très bien anglais, a expliqué à 20 minutes Peter Minder, son porte-parole et en l’occurrence souffleur. Y a-t-il alors eu une faute politique, à accepter une invitation à risques? L’image de la Suisse a pris un gros coup. Comme Ueli Maurer l’a pour une fois très bien dit: «It’s nothing for the publicity.»

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