Depuis l’échec du Gripen, Ueli Maurer subit la loi de Murphy

Armée Le ministre a besoin d’un projet crédible pour défendre son budget de 5 milliards

Il doit convaincre officiers et politiques

Pour Ueli Maurer, ce 18 mai, avec l’échec de l’acquisition des 22 Gripen, aura été le début de la loi de Murphy: «Tout ce qui peut mal tourner va mal tourner.»

Il reste à Ueli Maurer l’été pour redresser la barre. Et ainsi sauver son plan de redéploiement (DEVA) et le profil des besoins et des projets futurs de l’armée, dans l’espoir de maintenir le plafond budgétaire à 5 milliards dès 2017.

En attendant, le Département de la défense en est réduit à encaisser les mauvaises nouvelles. Après la défaite historique d’un projet militaire, il y a eu l’épisode d’une séance de tir à Genève organisée par un officier professionnel avec des étudiants nord-coréens, le report à l’automne du projet de redéploiement de l’armée, le départ du directeur de l’armement Ulrich Appenzeller, le retour au budget fédéral de quelque 800 millions de francs de l’argent du Gripen pour les années 2014-2016, faute d’autre projet d’armement.

Erreurs stratégiques et maladresses de communication dans la campagne pour l’avion de combat, manque d’engagement de la part de collaborateurs du DDPS, erreur de casting pour le directeur de l’armement – qui ne sera resté que trois ans à son poste –, absence de plan B pour l’acquisition d’armes avec les crédits non dépensés: «Les problèmes de direction commencent à s’accumuler dans ce département», constate un officier général.

Lors de la petite réception à la résidence du Lohn, qui devait permettre à Ueli Maurer de remercier les principaux artisans de la campagne pour le Gripen, l’ambiance était plombée, raconte un participant. «Pas seulement à cause de l’échec, mais aussi parce que tous, en particulier certains responsables au sein du département et de l’armée, n’avaient pas tiré à la même corde. On a bien vu que des clans s’étaient formés au sein du DDPS.»

Mais d’ici à l’automne, Ueli Maurer aura bien d’autres soucis. Il lui faut retravailler son plan de redéploiement de l’armée en tenant compte de l’échec du 18 mai. Et surtout des revendications contradictoires des partis et des militaires.

Après les critiques contre le flou du rapport de sécurité 2010, Ueli Maurer est attendu par la gauche comme par la droite sur la clarté de ses conceptions de défense et l’adaptation aux nouvelles menaces.

«J’attends du conseiller fédéral un concept général clair, qui dise notamment comment il entend combler le trou dans la défense aérienne, après le refus du Gripen, ou s’il estime que les 32 F/A-18 suffiront», précise Hugues Hiltpold (PLR/GE). Selon lui, c’est sur cette base que devra être fixé le plafond du budget. Le député genevois estime que le montant de 4,7 milliards tient compte à la fois des besoins de l’armée et aussi de la volonté populaire de renoncer aux 300 millions pour le Gripen. Mais à droite, peu de collègues partagent son avis. La majorité est pour maintenir le plafond à 5 milliards.

Membre de la Commission de la politique de sécurité lui aussi, Christian van Singer (Verts/VD), prévient: «Ueli Maurer doit tenir compte du vote du peuple, qui n’est plus prêt à accepter n’importe quel programme d’armement sans explications convaincantes.» La question du budget de la Défense dépendra pour beaucoup de la crédibilité des projets présentés par le ministre. Le communiqué du Conseil fédéral de mercredi dernier est explicite à ce sujet.

Un délicat travail de rédaction attend donc Ueli Maurer et ses collaborateurs, qui devront tout à la fois coller à l’analyse des risques du rapport de politique de sécurité – pas de menaces militaires à l’horizon – et maintenir une force de défense de 100 000 hommes.

Car, sur la philosophie même de son projet de redéploiement, le ministre a peu d’appuis. La Société suisse des officiers (SSO), le PLR, l’UDC et le PDC se sont montrés hostiles à l’inversion des priorités de l’armée au profit des autorités civiles. Pas question d’en faire une force auxiliaire des cantons au détriment de ses compétences militaires. Les socialistes sont eux aussi sur un recentrage des compétences sur la mission militaire, mais à condition de réduire les effectifs à 50 000 hommes.

Attention, prévient le président de la SSO, Denis Froidevaux, l’armée doit conserver un savoir-faire dans toutes les missions de défense, y compris les cyberattaques. Donc les officiers ne lâcheront pas sur deux chiffres: 100 000 hommes et un budget de 5 milliards. Faute de quoi il pourrait y avoir référendum, menacent-ils. Ils proposent aussi un fonds d’investissement pour la Défense, à l’instar du fonds d’infrastructure ferroviaire. Cela permettrait d’utiliser notamment les restes de crédits d’armement qui, sinon, seraient perdus pour la Défense.

Le plan de redéploiement de l’armée doit tenir compte du vote du peuple le 18 mai