Ueli Maurer en fait décidément trop pour les JO aux Grisons. Et cela agace surtout dans les rangs de l’UDC où certains, comme le «penseur» du parti, Christoph Mörgeli se demandent, dans la SonntagsZeitung, reprise par Le Matin Dimanche, s’il ne vaudrait pas mieux retirer le dossier des sports au ministre de la Défense. Celui-ci ne serait plus un «vrai UDC». En multipliant les prises de parole et les apparitions aux Grisons, le conseiller fédéral UDC franchit la ligne rouge tracée par son parti sur deux points au moins: le silence dans les campagnes de votations que Christoph Blocher voulait imposer aux conseillers fédéraux et le refus idéologique de soutenir le sport d’élite avec l’argent de l’Etat.

Toujours plus de responsables politiques, comme le président du PS Christian Levrat, opposé aux JO, se prononcent pour un vote du peuple suisse sur la garantie financière fédérale d’un milliard de francs aux organisateurs des JO des Grisons, indique la NZZ am Sonntag. Ueli Maurer, qui semble avoir garanti aux organisateurs que l’aval du Parlement suffirait, provoque de fortes réactions. Mais la question divise, Christoph Darbellay, président du PDC, est clairement pour les JO et s’oppose à un référendum sur la garantie, car il n’est pas question pour lui de voter sur un poste budgétaire isolé.

Au sein de l’UDC, même si officiellement le groupe attend la votation des Grisons le 3 mars, une majorité des dirigeants est hostile à l’organisation des JO d’hiver aux Grisons. Ueli Maurer se coupe de l’UDC. Il ne serait plus en mesure de représenter les idées de son parti au sein du Conseil fédéral, estime Oskar Freysinger. Et la SonntagsZeitung de relever que désormais son ancien président se comporte comme «le demi-conseiller fédéral» Samuel Schmid ou comme Adolf Ogi, obnubilés par ces grandes manifestations de masse. Et le journal dominical de relever malicieusement qu’avant d’être ministre des sports, Ueli Maurer, comme président de l’UDC, avait condamné «l’euphorie pour les grandes manifestations sportives dont le seul but est de s’accaparer les subventions de la Confédération». Ueli Maurer doit donc revenir aux bases de la politique financière de l’UDC, suggère Christoph Mörgeli.

Ueli Maurer n’est pas le seul politicien à louvoyer. Le président du PS Christian Levrat semble avoir oublié qu’il y a un an il se prononçait pour l’application, aux huit pays d’Europe de l’Est, de la clause de sauvegarde en matière de libre circulation des personnes. La décision du Conseil fédéral avait provoqué une forte réaction de l’UE qui estimait discriminatoire cette application à quelques-uns de ses membres. Alors que le Conseil fédéral s’interroge sur le déclenchement de cette clause pour l’ensemble des pays de l’UE, Christian Levrat y est cette fois opposé, estimant qu’il s’agit d’une mesure sans effet réel, signale Der Sonntag. Il y a un an, le président du PS soutenait à fond «sa» ministre de la Justice, Simonetta Sommaruga, qui alors était favorable. Cette fois, la ministre n’aurait pas encore pris de décision. Der Sonntag rappelle que, faute d’enseignants en Suisse, plus de 4000 instituteurs et professeurs enseignent aujourd’hui dans les écoles suisses. Il en est venu l’an dernier 661, surtout d’Allemagne et essentiellement à Bâle-Ville. Selon la NZZ am Sonntag, si la clause de sauvegarde était appliquée, comme l’exige l’UDC, le Conseil fédéral devrait refuser pendant des semaines toute nouvelle autorisation. Cela aurait de graves conséquences dans certains secteurs et notamment dans les hôpitaux. La Susse, rappelle la NZZ am Sonntag, est très dépendante du personnel hautement qualifié formé en Europe.