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Ueli Maurer ne dispose pas d'une grande crédibilité hors de son parti. (Keystone)

Imposition des entreprises

Ueli Maurer en mal de grande victoire

Depuis 2009, le ministre UDC n’a été confronté que quatre fois à un vote populaire et il a perdu le plus important: le Gripen. La RIE III est un scrutin-test pour lui

Durant leur carrière, certains conseillers fédéraux, par exemple Doris Leuthard, Simonetta Sommaruga ou Alain Berset, sont très souvent mobilisés pour défendre des dossiers relevant de leur département en votation populaire. D’autres le sont moins. Ainsi, depuis son arrivée au gouvernement en 2009, Ueli Maurer n’a dû se présenter que quatre fois devant le peuple, deux comme ministre de la Défense, deux comme chef des Finances. Le vote de dimanche sur la troisième réforme de l’imposition des entreprises (RIE III) sera ainsi son cinquième scrutin.

Il n’est pas du tout sûr de gagner. Les sondages ont indiqué une progression sensible du non au fil de la campagne. Or un échec serait dommageable pour lui qui a déjà perdu le plus important des quatre votes auxquels il a été confronté: l’acquisition du nouvel avion de combat, refusé en 2014. Ses trois succès furent le rejet d’initiatives populaires: celle qui voulait abolir le service militaire obligatoire en 2013, celle du PDC sur l’imposition des couples en 2016 et celle connue sous le nom de «Vache à lait», en 2016 également. A titre de comparaison, Doris Leuthard n’a perdu que deux scrutins (lex Weber, vignette) sur quatorze et Simonetta Sommaruga trois sur onze.

La débâcle du Gripen

L’achat du Gripen suédois était clairement l’enjeu le plus important et Ueli Maurer a perdu. L’analyse Vox du scrutin du 18 mai 2014 a démontré que ce résultat était motivé par le coût de l’opération, le type de jet choisi et la méfiance envers l’armée. Mais elle a aussi traduit une certaine irritation envers la campagne qui a précédé le vote, et Ueli Maurer n’en est pas ressorti indemne.

Lire aussi: Echec du Gripen: la responsabilité d’Ueli Maurer (2014)

L’UDC zurichois n’est pas parvenu à convaincre au-delà de son parti et du PLR, traditionnellement attachés aux dépenses militaires. Au centre, un électeur sur deux a glissé un non dans les urnes. Pour Ueli Maurer, qui était arrivé au Département de la défense en clamant qu’il allait mettre sur pied «la meilleure armée du monde», la défaite était cuisante. Celui qui est encore souvent perçu comme l’ancien président frondeur de l’UDC dont les autres partis se méfient est toujours en quête d’une grande victoire populaire.

Campagne active et dérapages

Le sort de la RIE III sera resté incertain jusqu’au bout. Si elle est rejetée, Ueli Maurer n’en serait évidemment pas le seul responsable. Mais cet échec ferait naître le doute sur sa capacité à gagner un scrutin populaire de première importance. Il se sera pourtant beaucoup battu. Après avoir eu une attitude ambiguë au parlement, il est parti en campagne tôt: c’était déjà à fin octobre. «Trop tôt», regrette néanmoins un partisan de la réforme, qui rappelle que c’est en janvier que s’est déroulée la phase la plus active de la campagne.

Ueli Maurer a pourtant multiplié les efforts et les interviews pour convaincre de la justesse de ce projet. Mais ceux qui observent sa campagne lui reprochent deux dérapages. «Lorsque Eveline Widmer-Schlumpf a, dans une interview, exprimé ses doutes sur ce projet, il a surréagi. Il lui a reproché «de ne plus connaître le dossier car elle était éloignée de l’actualité» et a minimisé les changements apportés par le parlement. Il a trop montré qu’il détestait celle qui l’avait précédé aux Finances. Ce n’était pas très judicieux de réagir ainsi», commente un politicien de droite favorable à la RIE III.

Des milliards d’économies

«J’ai pour ma part été surpris et choqué par le chantage qu’il a exercé dans une autre interview. Il a dit que, en cas de non, il mettrait immédiatement en route un programme d’économies de plusieurs milliards pour compenser le manque à gagner de l’impôt fédéral direct que provoquerait l’exode des entreprises qui décideraient de se délocaliser. Or un tel exode reste hypothétique», regrette Jacques-André Maire (PS/NE), qui côtoie Ueli Maurer à la Commission des finances.

S’il perd la RIE III, sa crédibilité auprès des milieux économiques, qui n’est déjà pas énorme, faiblira encore.

A ses yeux, «Ueli Maurer continue de mener une politique très partisane, comme le démontrent ses connivences avec le conseiller national Thomas Aeschi au sein de la commission des finances lorsqu’il s’agit de bétonner l’application du frein à l’endettement». «S’il perd la RIE III, sa crédibilité auprès des milieux économiques, qui n’est déjà pas énorme, faiblira encore», avertit un élu proche de l’économie.

Lire aussi: Deuxième coup de froid sur la RIE III

Plus à l’aise aux Finances

Lui aussi membre de la commission financière, l’UDC Peter Keller ne partage pas cette analyse. «C’est le gouvernement dans son ensemble qui gagne ou perd une votation, pas uniquement celui qui a la responsabilité du dossier», décrète-t-il. Une analyse surprenante de la part d’un représentant du parti qui a toujours attribué à la seule Simonetta Sommaruga la défaite du Conseil fédéral sur l’immigration. Quand on lui fait cette remarque, Peter Keller répond par un grand sourire. Il concède néanmoins qu’Ueli Maurer subirait un dégât d’image en cas d’échec: «Cela ne l’aiderait pas dans son travail.»

A l’inverse, une victoire raffermirait la position de celui qui paraît pourtant plus à l’aise aux Finances qu’à la Défense. Sur ce point, les avis convergent. Comptable de formation, Ueli Maurer a montré qu’il maîtrisait les rouages de la politique financière. Trop même aux yeux de la gauche, car il semble n’avoir que le mot économies à la bouche, regrette Jacques-André Maire.

Il s’est montré plus hésitant sur les enjeux fiscaux internationaux, du moins au départ. Interrogé à ce sujet par «Le Temps» en mai 2016, il disait avoir besoin de temps pour se «forger un jugement sûr». Quel qu’il soit, le résultat de dimanche lui donnera l’occasion de démontrer qu’il maîtrise aussi ces rouages-là. En cas de non, il devra remettre l’ouvrage sur le métier et ne pourra se satisfaire de son obsession des économies. En cas de oui, il devra travailler main dans la main avec les cantons pour qu’ils utilisent la boîte à outils de la RIE III de la manière la moins dommageable possible pour la collectivité.

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