Ueli Maurer: «Il n’y a pas de chaos de l’asile!»

Elections Le conseiller fédéral ne voit pas de divergences sur l’Europe actuellement

Il souhaite une alliance avec le PLR

Le conseiller fédéral UDC Ueli Maurer aime le contact avec la foule. Il était vendredi dans le canton de Vaud pour une réunion du groupe parlementaire et en a profité pour une rencontre à Nyon avec la population dans le cadre de son parti. A un mois et demi des élections, il joue la collégialité, même sur le dossier européen, et veut rassurer: il n’y a pas de chaos de l’asile en Suisse.

Le Temps: La campagne électorale met en évidence le fossé profond entre l’UDC et les autres partis sur des questions fondamentales pour la Suisse: la relation avec l’UE, la Convention des droits de l’homme ou le droit international. Comment vivez-vous ce conflit au sein du Conseil fédéral?

Ueli Maurer: La situation est la même que pour mes collègues des autres partis. Nous appartenons à des partis qui ont des visions politiques différentes. Bien sûr, sur beaucoup d’objets, j’ai mes propres positions, qui divergent de l’ensemble du Conseil fédéral et je me bats dans ce sens. Mais quand la décision est prise, elle est prise. Et je me range à l’avis du collège lorsque cela est nécessaire. Il est important que ces opinions différentes partagées par une partie de la population soient aussi représentées au Conseil fédéral.

Tout de même, nous sommes là sur des points fondamentaux. Peut-on se satisfaire d’une concordance purement arithmétique alors que l’on diverge sur des questions qui engagent l’avenir du pays?

– Pour l’instant, je ne considère pas que sur le dossier européen j’aie une autre position que celle du Conseil fédéral. Nous voulons tous mettre en œuvre l’article constitutionnel sur la libre circulation des personnes et maintenir les relations bilatérales avec l’UE. Le Conseil fédéral ne veut pas de juges étrangers, il ne veut pas adhérer à l’UE. Et nous voulons tous négocier avec Bruxelles. Bien sûr, il faudra ensuite tirer des conclusions du résultat des discussions. Pour le moment, en tout cas, je ne vois pas de divergences. J’admets qu’il n’est pas impossible que les choses changent quand les discussions seront achevées. Mais pour l’instant, je suis à 100% sur la ligne du Conseil fédéral.

A l’entrée de la fête électorale de l’UDC, il y avait un panneau de la section des Grisons qui disait: «Nous luttons contre les baillis de l’UE au sein du Conseil fédéral». Y a-t-il des raisons de douter de la loyauté du Conseil fédéral?

– Cela s’inscrit dans le contexte toujours un peu exagéré d’une campagne électorale. Je ne suis d’ailleurs pas allé à cette manifestation pour marquer un peu de distance en raison de ma fonction. Mais il n’y a pas de bailli de l’UE au Conseil fédéral. Le Conseil fédéral cherche véritablement une solution pour mettre en œuvre l’article constitutionnel et personne ne songe à adhérer à l’UE. La Suisse et l’Europe, c’est un thème de débat très émotionnel depuis vingt ans et il est normal que cela revienne de manière un peu appuyée avant les élections. Mais nous devons faire preuve de pragmatisme, car nous savons tous que nous avons besoin d’une relation stable avec nos voisins européens.

Pensez-vous qu’en cas de gain de quelques sièges entre l’UDC et le PLR, une coalition de droite au parlement soit possible, malgré la profonde opposition sur la question européenne?

– Bien sûr, une majorité de droite, ce serait à souhaiter. Car une Suisse de droite a toujours été très stable, alors qu’aujourd’hui le centre est devenu plus incertain. La collaboration entre PLR et UDC est bien meilleure que ce que l’on en dit. Le PLR est un peu plus progressiste sur les questions de société, l’UDC un peu plus conservatrice, mais sur les questions économiques, nous sommes sur la même ligne. Mais je ne suis pas sûr que cela se réalise.

Ah bon?

– Je peux très bien imaginer que le PLR gagne quelques sièges. Mais pour l’UDC, je serais content si nous maintenions nos positions. La dernière fois, nous avons réussi à bien mobiliser notre électorat. Et il est possible que les électeurs du PLR qui nous avaient soutenus soient tentés de revenir à leur parti d’origine.

Seriez-vous tenté de quitter votre Département de la défense pour un autre, par exemple les Finances?

– J’aime mon département et je n’ai pas l’intention de le quitter. Mais on ne peut pas dire ce qui se passera si la situation change.

L’asile est aujourd’hui le grand thème de la campagne électorale. Les drames en Méditerranée, l’horreur que l’on vient de découvrir en Autriche. Quel regard portez-vous sur l’asile?

– Sur l’asile, qui est le dossier de Simonetta Sommaruga, je ne me suis pas exprimé jusqu’ici. Effectivement, la situation est dramatique. L’Europe est complètement débordée. En Suisse, nous avons encore la situation en main. Selon moi, il faut vraiment intervenir davantage sur place, aider les pays qui, autour de la Syrie ou de l’Irak, accueillent le plus de réfugiés. L’Europe ne peut pas accueillir des centaines de milliers de réfugiés.

Cela suppose aussi davantage de coopération entre pays européens.

– Ce serait souhaitable, mais il n’y en a pas pour le moment. Schengen ne fonctionne plus, du moins face à cette crise. Ce que je vois me fait douter de la solidarité européenne. C’est vraiment une épreuve à laquelle l’Europe n’avait pas songé et à laquelle elle n’est pas préparée.

Peut-on vraiment parler de chaos de l’asile en Suisse?

– En comparaison avec l’Europe, non. Mais nous sommes face à une situation extraordinaire. Et je ne sais pas comment cela se passera ces prochaines semaines, quand les vagues d’immigrés parvenus en Europe de l’Est arriveront jusqu’à nous. Mais pour le moment, nous maîtrisons la situation.

En juin, l’addition des voix de la gauche à celles de l’UDC a fait échouer votre projet de réforme de l’armée. Qui sera repoussée d’au moins un an. Est-ce un échec personnel?

– Au contraire, j’y vois une victoire.

Vraiment?

– Pas le vote final, bien sûr. Mais tout le débat a montré que nous sommes parvenus au cours de ces dernières années à ficeler, avec les partis politiques, un paquet acceptable. Sur les grandes options de la réforme [100 000 hommes, ndlr], il y a une certaine unité de vue de gauche à droite. Il ne reste que la question du financement que nous sommes en voie de résoudre, en tenant compte du programme d’économies de la Confédération. C’est un succès, car si je compare avec ce qui s’est passé lors des précédentes réformes 95 et 99, il y avait toujours des oppositions de fond. Il y a selon moi un haut niveau d’acceptation.

Quelles sont vos priorités pour les futurs programmes d’armement?

– Je vois quatre points essentiels. Premièrement, le rééquipement personnel du soldat, avec des moyens de transport spéciaux. La deuxième priorité touche aux télécommunications, à la cyberdéfense et à la capacité de conduite de l’armée. C’est un très gros projet à mener par étapes jusqu’en 2027. Troisièmement, la défense aérienne, avec le renouvellement du système de DCA, y compris les missiles, qui devrait intervenir dans le programme 2017 et pour lequel nous avons choisi l’entreprise générale. Quatrièmement, le remplacement des avions de combat. Les gros investissements iront véritablement à la cyberdéfense et aux moyens aériens.

Quand relancerez-vous le programme d’acquisition d’un nouvel avion?

– Selon nos plans, qui peuvent changer, nous devrions lancer le nouveau programme d’évaluation dans deux ou trois ans. Dans la perspective d’un choix vers 2020. Dans le cadre de l’évaluation, il faudra voir où en sont les pays européens dont on sait que, sous l’impulsion de l’Allemagne, ils s’interrogent sur le maintien de trois constructeurs européens ou de leur fusion. Nous prendrons en compte les offres européennes existantes à ce moment-là avec des garanties à long terme. La question d’élargir à un appareil américain comme le Super Hornet est ouverte.

En décrochant les Jeux olympiques de la jeunesse 2020 à Lausanne, la Suisse a obtenu un joli succès. Qu’en attendez-vous?

– Pour moi, que ce soit les Jeux olympiques d’hiver ou les Jeux de la jeunesse, l’importance est la même. La candidature de Lausanne était vraiment excellente. Ce qui est intéressant avec ces jeux, c’est qu’ils touchent à tous les aspects, sportifs, culturels, de la formation, etc. Et Lausanne, avec le campus de l’EPFL, a su présenter un programme exceptionnel. Le sport n’a de sens, pour moi, que s’il s’intègre dans tous les domaines de la société, est accessible à chacun et à toutes les générations. C’est un instrument que l’on peut améliorer pour la compréhension et la cohésion de notre société.

Cela peut améliorer l’image de la Suisse à l’étranger?

– Evidemment. L’excellence de la formation dans le sport, le bon niveau de nos différentes équipes, que ce soit en football ou en hockey, les résultats de grands sportifs comme Roger Federer, tout cela contribue à renforcer l’image positive de la Suisse.