Chaque ménage suisse recevra ce vendredi Edition spéciale, le feuillet publicitaire de l’UDC. L’édition en question n’a qu’un but: militer en faveur de l’«Initiative de limitation», qui souhaite la résiliation de l’accord sur la libre circulation des personnes avec l’Union européenne. Avec une surprise à la clé: la rupture de collégialité d’Ueli Maurer.

«La politique doit intervenir»

«La Suisse a subi ces dernières années une immigration excessivement élevée et incontrôlée», affirme le ministre des Finances dans son éditorial intitulé «Sauvegarder l’équilibre». «Ce phénomène a détruit un équilibre qui s’est établi au fil des ans», enchaîne-t-il, concluant que si ce dernier est «perturbé», «la politique doit intervenir». «Sans appeler directement à soutenir l’initiative de son parti, son propos, de surcroît publié dans un flyer de campagne UDC, appelle naturellement cette conclusion», juge Olivier Feller, conseiller national (PLR/VD). Il rompt ainsi avec la position du gouvernement.

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La collégialité, qui veut qu’un membre du Conseil fédéral défende la position du collège même si son parti la désapprouve ou qu’il est personnellement d’un autre avis, est avant tout un code de conduite non écrit. «Il a cependant son importance, souligne le politologue Pascal Sciarini, particulièrement sur les questions européennes comme celle-ci. Quand la collégialité se lézarde, le signal pour les votants est contradictoire.» L’Alleingang d’Ueli Maurer sur le dossier offre un contraste d’autant plus saisissant que le gouvernement lutte férocement contre cette initiative, lui reprochant de «mettre en péril les relations stables de la Suisse avec son partenaire principal et menacer l’emploi et la prospérité».

«C’est un homme libre»

Ce n’est pas la première fois que l’ancien président de l’UDC, dans la plus pure tradition blochérienne, décide de s’exprimer sans consulter ses collègues. En 2011, il avait quitté le Palais fédéral à l’annonce de la réélection d’Eveline Widmer-Schlumpf, avant de se faire rappeler à l’ordre. En 2014, il avait critiqué l’engagement au sein de l’OSCE de Didier Burkhalter, alors président, avant de devoir s’excuser. En 2019, il avait unilatéralement déclaré l’affaire Khashoggi, journaliste assassiné et démembré au consulat saoudien d’Istanbul, comme étant «réglée». Les exemples sont nombreux.

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Rédacteur de la version francophone du journal, le président de l’UDC Vaud, Kevin Grangier, salue le «courage» du Zurichois: «Il refuse l’hypocrisie, dit-il. Le gouvernement fait fausse route avec l’UE et M. Maurer n’oublie pas que le Conseil fédéral est tout d’abord au service de la population.» A noter que le deuxième UDC sous la Coupole, Guy Parmelin, a quant à lui décidé de rester consensuel. Dans un bref texte, le ministre de l’Economie se contente d’appeler à un «renforcement de la recherche agricole», son sujet de prédilection.