Ueli Maurer, qui se présente toujours plus en «ministre de l’opposition» infiltré au Conseil fédéral, a choqué non seulement la présidente de la Confédération en exercice, Micheline Calmy-Rey, mais aussi ses prédécesseurs dans la fonction, Adolf Ogi et Ruth Dreifuss. «On ne peut pas être membre du Conseil fédéral et se désolidariser ainsi de ses collègues. A défaut de sympathie mutuelle, il faut un minimum de respect et de confiance. Ueli Maurer va se retrouver très seul», prévient Adolf Ogi.

Dès l’annonce de la réélection d’Eveline Widmer-Schlumpf, son collègue UDC Ueli Maurer n’a pas caché sa frustration, mercredi dernier. Il a quitté le Palais fédéral pour suivre sa propre élection à l’hôtel Kreuz où s’étaient rassemblés ses partisans. C’est là qu’il a tenu des propos très amers.

Devant les caméras de télévision, il a ainsi déclaré ne pas se réjouir de la collaboration à venir avec ses collègues du gouvernement. Avant de se faire appeler directement dans le bureau de la présidente de la Confédération où, selon diverses sources, elle lui aurait adressé une sévère remontrance sur sa rupture de collégialité, juste avant l’assermentation du Conseil fédéral.

L’incident illustre à quel point les dirigeants de l’UDC ont été blessés par leur débâcle lors du renouvellement du Conseil fédéral. Dimanche, les déclarations du stratège du parti, Christoph Blocher, en ont encore rajouté, confirmant le fait que le ministre de la Défense allait durcir son attitude au sein du Conseil fédéral et se mettre toujours plus en opposition. Sur le site de l’UDC, Ueli Maurer annonce d’ailleurs une intensification de son affrontement au reste du Conseil fédéral. «Il est à prévoir qu’il y aura toujours plus de résultats 6 contre 1, 6 contre 1, 6 contre 1», annonce-t-il en se présentant seul contre tous.

Le Valaisan Oskar Freysinger y est lui aussi allé de ses conseils, confiant à la NZZ am Sonntag que «si jusqu’ici Ueli Maurer s’est montré très collégial, il doit aujourd’hui imprimer la ligne politique dure de l’UDC et le faire clairement savoir… Il doit jouer le rôle de Blocher II.» Un leader de l’opposition immiscé dans le gouvernement. Christoph Blocher, d’ailleurs, n’a pas l’intention de demander le retrait d’Ueli Maurer du Conseil fédéral, lors de l’assemblée des délégués du 28 janvier, révèle-t-il dimanche à Sonntagsblick. Il faut qu’il y reste, comme «oreille» de l’UDC, selon lui. Ueli Maurer sera-t-il d’abord un agent infiltré avant d’être un conseiller fédéral, un membre du collège gouvernemental?

«C’est choquant! Il doit exister une confiance totale entre les membres du gouvernement. Si le Conseil fédéral doit craindre sans arrêt des fuites et des opérations de déstabilisation, certaines informations, certains documents ou projets encore à l’ébauche cesseront d’être distribués à tous les membres», met en garde l’ancienne présidente de la Confédération Ruth Dreifuss.

Avec Adolf Ogi, elle est d’avis qu’il doit exister une différence très nette entre un parti et l’un de ses élus au Conseil fédéral. «Un parti peut critiquer le Conseil fédéral, s’opposer à ses projets, mais un conseiller fédéral doit rester libre de ses décisions et de son attitude. Ce n’est pas un otage. Il doit pouvoir assumer son rôle, s’asseoir à la table des discussions avec ses collègues et chercher les meilleures solutions sans renier ses convictions profonde», dit-elle.

Lors de l’arrivée de Christoph Blocher, elle avait d’ailleurs mis en garde contre la confusion entre le rôle de chef de parti que le leader zurichois n’avait pas l’air de vouloir abandonner et sa fonction de ministre: «C’est viable dans un système de coalition et d’alternance, pas dans notre système. Ce n’est pas suisse!»

Selon Adolf Ogi, à ce petit jeu de l’opposition, Ueli Maurer risque vite de se marginaliser et surtout d’être dans l’incapacité de faire passer ses projets. «Minoritaire, il doit pouvoir compter sur les deux radicaux et au moins l’élue du PDC ou du PBD, sinon il est totalement inefficace.»