C’est dans la Bible, et plus exactement l’Ancien Testament – l’histoire de David et Goliath –, qu’Ueli Maurer a été pêché son inspiration pour son discours du 1er août: «Ces derniers temps, la Suisse a subi des critiques répétées. Elle a été soumise au chantage. Certains grands pays et quelques organisations internationales ne cessent de vouloir nous dire ce que nous avons à faire. Nombreux sont donc en Suisse ceux qui ne voient qu’une seule issue: céder et s’adapter. Dans ce contexte, je ne manque jamais d’évoquer l’histoire de David et de Goliath».

David et Goliath, pour le président de la Confédération, est une histoire dont il tire trois enseignements. «Premièrement: ce qui est grand nous impressionne. Deuxièmement: Ce qui est petit n’est pas forcément sans valeur. Troisièmement: À défaut d’être fort, il faut être différent, si on veut survivre».

Pour ce qui est d’être impressionné par ce qui est grand, Ueli Maurer considère volontiers l’histoire de David comme intemporelle, «car ce qu’elle raconte, au fond, c’est l’histoire de chacun de nous. Elle raconte aussi notre histoire en tant que peuple. Nous sommes tous les mêmes: Face à ce qui est grand et fort, nous éprouvons en premier lieu ce que les Hébreux ont éprouvé face à Goliath. Qu’il s’agisse d’épées et de boucliers ou de puissance économique et de listes noires, nous sommes tentés de céder. Or, l’histoire de David ne se termine pas par une capitulation, mais par une moralité: Qui ne craint ni la puissance, ni la taille de son adversaire peut parfaitement avoir sa chance».

Filant le symbolisme biblique, Ueli Maurer enfonce le deuxième clou: «Ce qui est petit n’est pas forcément sans valeur». Car pour lui, la Suisse, c’est évidemment David, le petit berger que l’on ne prend pas vraiment au sérieux. On a vu, au point «Un» ce qu’il advint des sceptiques…

Mais Ueli Maurer va plus loin et se lance dans une diatribe qui tente de renverser l’image de la petite Suisse profiteuse et avide proche de l’indigestion.

Il s’éloigne là de la Bible pour livrer sa propre narration: « Rappelons-nous pour une fois sans fausse modestie où et comment d’autres profitent de la Suisse: Il y a, par exemple, le fait que l’économie suisse a investi plus de mille milliards de francs à l’étranger – selon les chiffres fournis par la Banque nationale suisse – dont plus de 40% ont pris le chemin de l’UE. Les entreprises suisses procurent ainsi quelque trois millions d’emplois à travers le monde (la Suisse non comprise), auxquels s’ajoutent plus de 270’000 frontaliers, qui gagnent leur salaire chez nous.

D’après une statistique de la Banque mondiale, plus de trente milliards de dollars sont gagnés chaque année en Suisse par les frontaliers ou transférés dans leur pays d’origine par des immigrés […] À cela s’ajoutent les fortes dépenses des collectivités publiques en faveur des relations internationales: La seule Confédération a inscrit près de 3,3 milliards de francs à son budget pour l’année en cours. Les prestations complémentaires des cantons et des communes ne sont pas incluses dans ce montant.

La Suisse consacre des sommes considérables à sa participation au Fonds monétaire international (FMI). Le risque total maximal encouru par la Suisse du fait des garanties consenties en faveur du FMI s’élève actuellement à près de 24 milliards de francs, soit plus du tiers de notre budget fédéral.

En construisant les NLFA, la Suisse consacre plus de 20 milliards de francs au nouvel axe ferroviaire européen nord-sud. La Suisse investit même dans des réseaux de transport à l’étranger. Elle finance notamment à hauteur de 230 millions de francs l’adaptation des gabarits sur la ligne de Luino et sur le tronçon Chiasso – Milan.

La Suisse a déjà versé plus de 1,2 milliard de francs au titre d’une contribution à la réduction des disparités économiques et sociales après l’élargissement de l’UE aux pays de l’Est».

Après cette liste digne de l’air du catalogue de «Don Giovanni», Ueli Maurer en vient à son troisième point: David, pour vaincre Goliath, n’a pas eu peur de rester différent, de ne pas s’encombrer d’une armure paralysante.

Il est resté le berger agile et mobile qui lui a permis de vaincre Goliath. Pour Ueli Maurer, pas de doute: «C’est ce qui lui vaut sa victoire: les petits ne doivent pas singer les grands. Voilà une belle leçon de sagesse, dont nous pouvons également tirer profit sur le plan de la politique internationale: Notre pays est un cas particulier. Il s’est constitué différemment et s’est développé différemment des autres pays. Il a été créé par des citoyens pour des citoyens. Les impulsions principales sont venues et viennent encore du peuple. Grâce au fédéralisme, nous préservons nos particularités régionales. Grâce à la démocratie directe, la politique ne peut ignorer les demandes du peuple. Grâce au principe de milice, notre État bénéficie à tous les échelons de l’expérience des citoyennes et des citoyens. Enfin, c’est grâce à un ordre politique libéral que notre économie prospère. Cet ordre politique libéral a fait de la Suisse un des pays les plus riches du monde et c’est précisément cet ordre qui subit aujourd’hui les pressions répétées de certains grands États et de quelques organisations internationales».

Bref: «Sous la cuirasse étrangère, David aurait perdu. Et sous un droit étranger et des juges étrangers, la Suisse elle aussi ne pourrait que perdre».

De ces accents bibliques aux résonances de pays assiégé, l’Agence France Presse a surtout retenu ceci: que la Suisse, selon Ueli Maurer, n’est pas un pays de profiteurs. Et que, toujours selon le président, tandis que de grands Etats se sont écroulés, la petite Suisse, elle, se porte plutôt bien.

Quant à l’Agence Télégraphique Suisse, elle nous apprend qu’à peine son discours prononcé à Bözingen, près de Bienne, une douzaine de militants du GsSA et des jeunes Verts ont surgi sur la scène et se sont tenus derrière lui, vêtus de tenues de camouflage et autres uniformes, armés de pistolets à eau et arborant des nez de clown.

«Supprimons la conscription», pouvait-on lire sur une banderole, alors que le peuple suisse se prononcera le 22 septembre sur l’initiative du GsSA qui demande l’abrogation du service militaire obligatoire. Les antimilitaristes ont lancé quelques avions en papier sur la scène, mais n’ont pas utilisé leurs pistolets à eau.

Le ministre de l’armée les a accueillis avec humour. Il s’est dit heureux de voir qu’ils portaient l’uniforme. «Nous avons besoin de gens qui s’engagent durant leur temps libre», a-t-il déclaré, applaudi par le public, avant de poursuivre son discours.

Encadrés par deux agents de sécurité, les jeunes hommes et femmes ont quitté les lieux après quelques minutes, en marchant au pas.

La fête nationale est «l’occasion de faire connaissance avec notre pays et avec les citoyens de toutes les régions linguistiques», s’est-il réjoui. Après Bienne, le président de la Confédération s’exprimera mercredi soir au Val-de-Ruz (NE) et Port-Valais (VS). Jeudi 1er août, il était attendu à Gonten (AI), Obersiggenthal (AG), Rapperswil-Jona (SG), Breil/Brigels (GR), Sessa (TI) et Zweisimmen (BE).

«J’ai le temps et j’ai un hélicoptère», a-t-il ajouté, interrogé sur son programme marathon, admettant qu’il n’aimait pas ce mode de transport. «Mais c’est seulement la deuxième fois cette année que je l’utilise»