Pour Robert Scheidegger, qui a dirigé l’expertise, «la situation est délicate» et «l’autoroute du Haut-Valais nécessitait un audit indépendant». Ces dernières années, les lacunes organisationnelles qui gangrènent la gestion des chantiers de l’autoroute A9 avaient déjà été documentées par les inspections des finances du canton du Valais et de l’Office fédéral des routes (OFROU). Selon le rapport du Contrôle fédéral des finances publié ce mardi, les améliorations structurelles qui en ont découlé n’ont pas suffi: «Le niveau est encore clairement trop bas.»

Les responsables sont trop souvent sur le chantier et personne n’a de vision d’ensemble

L’interminable chantier de l’autoroute du Haut-Valais souffre d’appels d’offres imprécis ou lacunaires. Ils peuvent engendrer des travaux imprévus, des paiements complémentaires et des surcoûts importants. Les experts relèvent aussi des lacunes dans le contrôle des travaux réalisés. Robert Scheidegger ajoute que «les tâches des ingénieurs et des maîtres d’ouvrage sont mélangées». Il résume: «Les responsables sont trop souvent sur le chantier et personne n’a de vision d’ensemble.»

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Initialement prévus pour 2006 et financés à 96% par la Confédération, les 32 kilomètres d’autoroute qui doivent relier Sierre à Brigue devraient être achevés en 2024, après avoir coûté près de 4 milliards de francs. Habituellement borné à un rôle de supervision, l’OFROU a dû soutenir le canton dans la gestion des opérations. Sans cette intervention, «l’investissement efficace et économique des deniers publics n’aurait pas été assuré». Pour Robert Scheidegger, «ce mélange des genres doit rester limité dans le temps.»

Porte-parole de l’OFROU, Guido Bielmann concède que «c’est en partie à cause de ces lacunes organisationnelles que le projet s’est prolongé dans le temps». Pour cette raison, l’Office accompagne plus étroitement le canton depuis quelques mois, en organisant régulièrement des séances de contrôle. Pour Guido Bielmann, «il s’agit de gérer parcimonieusement l’argent public» et «L’OFROU se retirera aussitôt que le Contrôle fédéral des finances constatera une amélioration.»

Le poids du passé

Chef de l’Office cantonal des routes nationales (OCRN), l’ingénieur Martin Hutter dirige l’entier du projet depuis 2013. Il reconnaît timidement qu’il a hérité d’un lourd passé: «Il y a des chantiers que nous avons repris en l’état, et nous ne pouvons pas vraiment revenir sur les soumissions attribuées, dont les travaux ont déjà débuté». En décrivant des projets complexes et évolutifs, il imagine que ses successeurs le jugeront également: «Je fais de mon mieux». D’un naturel optimiste, il retient que le rapport énumère des propositions pertinentes pour optimaliser les procédures: «L’important, c’est de continuer à avancer.»

Nous sommes perfectibles, en particulier dans les soumissions et dans les contrôles

Pour le ministre Jacques Melly, «c’est le rôle du Contrôle fédéral des finances d’être critique et il est normal que la Confédération veille sur ses deniers». En refusant de juger ses prédécesseurs, il ne conteste pas les conclusions d’un audit sévère: «Nous sommes perfectibles, en particulier dans les soumissions et dans les contrôles». Pour lui, les problèmes les plus importants sont administratifs, et les recommandations des experts, connues depuis plusieurs semaines, ont déjà suscité des dispositions. Le Conseiller d’Etat ne croit pas un instant que le Conseil fédéral puisse dessaisir le canton de ce dossier: «Globalement, on progresse!»

Les experts du Contrôle fédéral des finances recommandent au canton de recourir à des soutiens externes. Leur conclusion prend la forme d’un ultimatum, fixé pour décembre 2017: «Si un niveau qualitatif acceptable ne peut être atteint dans ce délai, l’OFROU devra proposer de nouvelles mesures et pourrait reprendre la responsabilité opérationnelle du projet, en partie ou complètement».


Deux fonctionnaires soupçonnés de corruption quittent le Haut-Valais

Le Temps a appris que le responsable régional et le chef de projet de la route du Simplon ont quitté le bureau de l’OFROU de Viège. Incarcérés en détention préventive en mars dernier après avoir été placés sur écoute, les deux fonctionnaires sont soupçonnés de corruption par le Ministère public de la Confédération.

Porte-parole de l’OFROU, Guido Bielmann confirme cette information et rappelle que les deux hommes bénéficient de la présomption d’innocence. Selon lui, le premier «a trouvé un autre emploi au sein de l’office» et le second «a démissionné de sa propre initiative». Des surcoûts inédits grèvent l’assainissement de cette route, prolongement de l’A9 vers l’Italie.

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