Il n'y aura pas de révision de la norme pénale contre le racisme. Le Conseil fédéral a enterré vendredi l'une des propositions les plus contestées lancées par Christoph Blocher durant les quatre ans qu'il aura passés au gouvernement.

Redéfinir le révisionnisme

Profitant de l'ultime séance du Conseil fédéral à laquelle il participait, le ministre non réélu a réclamé à ses collègues un mandat en faveur de son département pour poursuivre le réexamen de la norme pénale contre le racisme.

L'objectif était de mettre en consultation des propositions visant à restreindre la portée du délit de révisionnisme, l'une des infractions réprimées par la norme contre le racisme.

Génocide des Arméniens

C'est non. Le Conseil fédéral «ne voit pas de nécessité d'intervenir», a indiqué un communiqué laconique du Département fédéral de justice et police (DFJP) diffusé vendredi en fin de journée.

Christoph Blocher, qui a quitté Berne vendredi sous les acclamations de quelques partisans venus le soutenir, a donc bien été désavoué sur ce point sensible, confirme Livio Zanolari, le responsable de l'information du DFJP.

Le conseiller fédéral UDC proposait de définir plus restrictivement les crimes contre l'humanité dont la négation peut entraîner des poursuites pénales. Conformément à l'une des variantes examinées par un groupe de travail de l'Office fédéral de la justice, explique Livio Zanolari, seuls auraient pu désormais être pris en considération «l'Holocauste ou un autre génocide constaté par un tribunal international reconnu par la Suisse ou un autre crime contre l'humanité constaté par un tribunal international reconnu par la Suisse».

Cette nouvelle définition aurait exclu que la négation du génocide des Arméniens puisse tomber en l'état sous le coup de la loi, alors que le Tribunal fédéral vient pour la première fois de confirmer l'application de la norme antiraciste à la contestation de ce crime (LT du 20.12.2007)

Le souvenir d'Ankara

En refusant de suivre les propositions de Christoph Blocher, le gouvernement a clos l'un des chapitres les mouvementés du passage de l'UDC zurichois au Conseil fédéral. C'est à Ankara, en octobre 2006, à propos précisément de la question du génocide des Arméniens, que Christoph Blocher avait laissé exploser sa détestation de la répression du négationnisme.

Même s'il n'a jamais évoqué la suppression pure et simple de la norme antiraciste, il avait été suspecté de vouloir affaiblir l'ensemble de la lutte contre le racisme à des fins douteuses.

Des réactions stéréotypées

Son parti n'a, il est vrai, jamais donné dans la dentelle sur ce sujet. Les positions défendues au même moment par de nombreux intellectuels français hostiles à une loi votée par l'Assemblée nationale pour réprimer la négation du génocide des Arméniens tendaient néanmoins à montrer que le problème était plus digne de discussion que ce que laissaient entendre, en Suisse, des réactions stéréotypées.