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Un abattage massif de bouquetins a été autorisé en Haute-Savoie

Des cas avérés de brucellose ont incité les autorités à prendre cette décision. Les défenseurs de l’environnement jugent que des pistes moins radicales et plus efficaces doivent être explorées

Abattage massif de bouquetins en Haute-Savoie

Epidémie Une mesure radicale est autorisée pour empêcher la propagation de la brucellose

Deux cent cinquante bouquetins seront abattus cet automne sur le Bargy, un massif de 30 km2 accroché à la chaîne des Aravis, près d’Annecy. La décision a été prise par la préfecture de Haute-Savoie, qui a obtenu le feu vert du gouvernement. «Cette mesure vise à lutter contre un foyer de brucellose. On estime à 40% les bêtes contaminées», indique Valérie Le Bourg, directrice départementale de la Protection des populations (DDPP).

La brucellose est une maladie qui touche la faune sauvage mais aussi les bovins et peut infecter l’homme (un traitement antibiotique est alors prescrit). C’est le cas de la souche bactérienne qui contamine les bouquetins du Bargy. Dans le pays du reblochon, on peut la retrouver dans le fromage fabriqué à partir de lait de vaches contaminées. C’est ce qui a poussé les autorités publiques à prendre cette mesure radicale. «Certains s’insurgent contre cet abattage mais aucun laxisme ne peut être toléré. Lorsqu’une seule vache est séropositive, c’est tout le troupeau qui est abattu sans délai. Il doit en être de même pour les bouquetins», soutient Bernard Accoyer, le maire d’Annecy-le-Vieux, ancien président de l’Assemblée nationale et médecin.

Vaccin comme alternative

Tout en reconnaissant que la brucellose est une maladie sérieuse qui doit être combattue, les associations de protection de la nature ont accueilli la décision préfectorale avec beaucoup de réserve. Elles rappellent que des experts européens, dont treize vétérinaires, ont affirmé «que le bouquetin du Bargy ne représente pas de danger significatif pour le cheptel domestique et que le risque pour l’homme est quasi nul». «Ce risque est en tout cas nettement inférieur à celui de la brucellose importée, qui représente 80% des cas en France chaque année», précise Jean-Pierre Crouzat, président de la Frapna (Fédération Rhône-Alpes de protection de la nature). Cette organisation, rejointe par d’autres, a décidé d’attaquer l’arrêté préfectoral en justice. La Frapna dénonce les abattages massifs et sans distinction de la faune sauvage qui, loin d’éradiquer la maladie, disperseraient les animaux traqués et la propageraient.

Ainsi, en 2013, 322 bouquetins ont été abattus en trois jours mais, le printemps suivant, des analyses ont démontré que la brucellose n’avait pas disparu. «Nous proposons une gestion sur plusieurs années avec une élimination progressive des animaux séropositifs et une vaccination préventive des bêtes saines. Un protocole existe à l’aide de gouttes versées dans l’œil de la bête, cela marche sur la chèvre. Un test de dépistage in situ a aussi été expérimenté qui affiche un taux de fiabilité de 100%», argue Jean-Pierre Crouzat. Une série de propositions jugée «complexe, très coûteuse et périlleuse» par les services de la préfecture. «Les bouquetins sont confinés dans des zones escarpées, monter pour les anesthésier puis les vacciner ou les dépister serait dangereux», prévient Valérie Le Bourg.

Reblochon menacé

Dans cette affaire, des intérêts divergents s’opposent. Ceux des amis de la nature pour qui le bouquetin est une espèce protégée qui constitue un attrait touristique pour le massif du Bargy. Ceux des éleveurs qui craignent qu’une réponse sous la forme d’une demi-mesure à l’épizootie mette en péril toute la filière du reblochon.

Pour la Frapna, l’ordre donné de tuer 250 têtes est politique. A quelques semaines des élections régionales, le gouvernement ne semble pas vouloir heurter un monde agricole déjà très remonté après la crise de la viande de porc. «Cet abattage massif qui pourrait se dérouler dès la semaine prochaine est forcément un signal positif pour les éleveurs», rappelle Jean-Pierre Crouzat.

En Suisse, cette maladie a été éradiquée dans les années 1960. «Une propagation de la brucellose aux montagnes valaisannes est improbable car elles sont situées trop loin du massif du Bargy», rassure Jérôme Barras, le vétérinaire cantonal du Valais. L’Office fédéral de la sécurité alimentaire et des affaires vétérinaires ajoute que les autorités françaises tiennent la Suisse régulièrement informée de l’évolution de l’épizootie.

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