Le 18 juin 2017, Moutier et ses 7600 habitants choisiront s'ils restent dans le canton de Berne ou s'ils intègrent le canton du Jura. Quatre autres petites communes voisines (Belprahon, Grandval, Sorvilier et Crémines), en fonction du résultat de Moutier, opteront à leur tour pour l'un ou l'autre canton. La Question jurassienne sera alors considérée comme réglée.

Le pronostic est hasardeux. Lorsqu'on leur a demandé, en 1974 et 1975, s'ils voulaient participer à l'aventure de la création du canton du Jura, les Prévôtois ont refusé. Puis en 1998, lors d'un vote consultatif, Moutier a de nouveau dit non au Jura, pour 41 voix. Mais le 24 novembre 2013, alors que le Jura bernois réaffirmait sa loyauté au canton de Berne à 72%, Moutier votait pour le Jura à 55,4%. En 2017, ce sont les habituels abstentionnistes qui feront la différence. Les deux camps les draguent assidument.

A un an du scrutin décisif, Moutier s'offre une répétition générale, ce 5 juin. La ville élit un successeur à son maire emblématique, le socialiste Maxime Zuber, aux affaires depuis 22 ans, désigné recteur de la HEP-Bejune, fonction incompatible avec celle de président de ville. 

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Deux candidats en lice: le champion de l'Entente jurassienne favorable au transfert de Moutier dans le canton du Jura, le PDC Marcel Winistoerfer, actuel membre de l'exécutif, 59 ans, enseignant. Un modéré, apprécié de toutes parts. Nombre d'autonomistes estiment préférable qu'il soit maire de Moutier lors du scrutin de 2017, plutôt que Maxime Zuber qui cristallise sur sa personne de nombreuses rancoeurs.

Face au favori Winistoerfer, un inconnu a déposé sa candidature 45 minutes avant l'échéance, un ancien géomètre de 67 ans qui vit une partie de l'année en Thaïlande, Francis Pellaton, sans affiliation partisane ni expérience politique. Il est opposé au transfert cantonal de Moutier et entend rallier les suffrages antiséparatistes.

Comme pour chaque élection à Moutier, le scrutin de dimanche oppose frontalement autonomistes et loyalistes bernois. Le camp séparatiste l'emporte depuis 34 ans. Avec une avance qui se réduit : 61,2% en 2006, 59,4% en 2010 et 58% en 2004, alors que personne n'avait contesté la place de Maxime Zuber.

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Le verdict du 5 juin sera une indication précieuse. Mais pas décisive. Les loyalistes bernois, en apparence embarrassés par la candidature de Francis Pellaton - à moins qu'ils l'aient pilotée en coulisse, n'ayant aucun candidat capable de prendre la mairie - font remarquer que les scrutins du 5 juin 2016 et du 18 juin 2017 sont bien distincts. Le Journal du Jura l'assène, lui qui soutient Marcel Winistoerfer mais s'oppose au transfert cantonal.