La date du 7 juin 1998 restera marquée dans l'agenda politique du Parti socialiste suisse, défait sur le génie génitique, la police fédérale et le budget de la confédération, comme celui d'un jour noir. Quand bien même cette défaite de la gauche intervient après plusieurs victoires, cette dernière en est sortie ébranlée. D'autant que le parti se trouve dans une phase charnière, à la veille d'importantes échéances. Cela fait tout d'abord un an que la nouvelle présidente du PS est entrée en fonction. Le compte à rebours des prochaines élections fédérales a ensuite commencé. Et last but not least, Ursula Koch affrontera son premier congrès en octobre prochain.

«Un problème d'ordre conceptuel»

C'est le moment qu'a choisi la WochenZeitung (WoZ) pour proposer à la gauche de faire son introspection. Tout au long de l'été, différentes personnalités suisses, de la tendance rose-verte pour la plupart, se sont ainsi tour à tour prêtées au jeu en auscultant le «malade». La série de cet hebdomadaire alémanique, proche des milieux de gauche, devrait s'achever au début de l'automne par un article d'Ursula Koch qui, après avoir longtemps hésité, devrait finalement prendre la plume. «Je trouve l'idée bonne, même si je n'en attends pas grand-chose», avance la Zurichoise. Et d'ajouter: «Nous aurions pu nous livrer à cet exercice depuis longtemps. C'est dommage que les critiques à mon encontre en aient constitué le facteur déclencheur.» Morceaux choisis.

Le conseiller national zurichois Andreas Herczog a donné le ton en ouvrant les feux. «Si la votation sur le génie génétique, l'initiative pour une Suisse sans police fouineuse et l'objectif budgétaire 2001 n'étaient pas tombés le même jour, la défaite de la gauche n'aurait pas semblé si éclatante, a-t-il relativisé d'emblée. Mais, s'est-il empressé d'ajouter, il n'en demeure pas moins que la gauche a un problème: un problème d'ordre conceptuel et méthodologique.» Au lieu de faire des propositions constructives, le PS se complaît dans l'opposition. Comment dès lors redonner confiance à l'électorat des classes moyennes qui cède aux sirènes de l'Union démocratique du centre (UDC), se demande en substance le député.

Le politologue Werner Seitz, par ailleurs conseiller de l'alliance rose-verte de la ville de Berne, estime quant à lui que la crise que traverse le PS n'est pas uniquement imputable à Ursula Koch. Les socialistes sont aussi victimes de leur victoire aux dernières élections fédérales de 1991, écrit-il dans la WoZ. Rassérénés par ses bons résultats, la gauche a eu tendance à s'endormir sur ses lauriers, constate le Bernois, d'autant que les stimuli écologistes se sont émoussés: les Verts n'offrent plus le contrepoids suffisant. Ce qu'il faut, estime le politologue, c'est une véritable concurrence: un parti non gouvernemental menant une authentique politique de gauche.

Et comme les temps ne sont pas propices à la création d'un nouveau parti, Werner Seitz suggère aux Verts de reprendre le flambeau…

Pour André Daguet, secrétaire central de la FTMH (Syndicat de l'industrie, de la construction et des services) et ancien secrétaire général du PS, le salut ne peut se trouver qu'au sein du PS et des syndicats. Car à gauche de ces deux mouvements, c'est le désert conceptuel, n'hésite-t-il pas à souligner dans l'hebdomadaire alémanique. Certes le PS n'a pas encore réussi à proposer une alternative crédible au néo-libéralisme. Mais, estime André Daguet, la faute n'en incombe pas aux seuls socialistes et syndicalistes. C'est l'ensemble de la gauche qui en porte la responsabilité. Dès lors, la dichotomie proposée par la popiste vaudoise Christiane Jaquet-Berger entre une gauche de l'establishment fatiguée et une gauche combative est complètement surannée, cette dernière ne se montrant pas plus novatrice que la première. Tout comme les Verts d'ailleurs.

Fusionner les partis bourgeois

Pourquoi, dès lors, ne pas reléguer le PS à un véritable rôle d'opposition, se demande le publiciste alémanique Otmar Hersche. L'autre option consisterait à fusionner les trois partis gouvernementaux bourgeois car ils ne présentent presque plus aucune différence. L'UBP (en allemand Unierte Bürger Partei) disposerait ainsi de tous les avantages de son pendant bancaire l'UBS: une unité ainsi qu'une direction et un marketing explosif, conclut ironiquement le journaliste. Et les socialistes gouvernementaux déjà bien embourgeoisés pourraient regagner les troupes de l'UBP.