Vendredi, peu avant neuf heures du matin, les appels au calme politique du président sortant du National, Max Binder, ont conclu la session d'automne de l'assemblée fédérale. L'occasion de dresser un bref bilan avec cinq «bleus» (sur la soixantaine de nouveaux élus que comptent les deux Chambres), qui viennent de boucler leur première année de législature. Nous leur avons posé trois questions:

1. Quels aspects de la vie politique fédérale les ont surpris?

2. Quels sont les points positifs qu'ils retirent de cette première année?

3. Quelles sont leurs déceptions?

Un constat se dégage: la surcharge de travail et la complexité grandissante des dossiers posent, de manière toujours plus cruciale, la question de la validité du système de milice.

Alain Berset (PS/FR), 32 ans, benjamin du Conseil des Etats.

1. «Rien ne m'a vraiment surpris, si ce n'est peut-être les règles non-écrites, si importantes au Conseil des Etats où le relationnel prime, que l'on doit respecter sous peine de se «griller» très vite.»

2. «Je me sens comme un poisson dans l'eau, d'autant plus que j'ai eu la chance d'intégrer la Commission de l'économie et des redevances (ndlr: seul nouveau membre sur treize). J'aime la façon dont cette Chambre permet de faire vraiment de la politique.»

3. «On travaille trop dans l'urgence, avec des moyens limités pour un parlement national qui doit résoudre des problèmes de plus en plus complexes. Le système de milice entrave la disponibilité nécessaire.»

Dominique de Buman (PDC/FR), 48 ans, député au Conseil national.

1. «Les sessions sont des tunnels de trois semaines où le stress est intense. La forte identification à l'institution m'a également surpris.»

2. «L'intensité et le niveau des enjeux sont exceptionnels. On décide sur des débats de société. Et le parlement compte des amoureux profonds de la chose politique.»

3. «Même si j'aime les débats, je regrette le durcissement du climat. Il faut aussi avoir le courage de dire que le système de milice a atteint la limite de la crédibilité. Notamment parce qu'en déposant trop d'interventions, dans un débordement anarchique, les parlementaires édifient le mur contre lequel ils s'épuisent.»

Evi Allemann (PS/BE), 26 ans, benjamine du Conseil national.

1. «Par rapport à mon expérience au Grand conseil, ce qui m'a le plus surprise, c'est l'attention médiatique.»

2. «Les thèmes traités sont passionnants. J'ai eu la chance d'être intégrée à ma commission de prédilection, les transports. On s'aperçoit que l'on a beaucoup d'influence sur des décisions qui façonnent l'avenir du pays.»

3. «Il y a trop de roitelets sous cette Coupole, qui tirent la couverture à eux! L'autre problème, c'est l'avalanche des documents, la charge de travail et celle du monde extérieur (répondre aux messages des électeurs, participer à la vie politique locale) qui nous submergent, alors que nous sommes laissés à nous-mêmes.» n

Yvan Perrin (UDC/NE), 38 ans, député au Conseil national.

1. «J'ai fini par m'habituer au brouhaha qui règne en plénum, qui n'est finalement qu'une chambre d'exposé des décisions prises en commissions…»

2. «Je suis encore dans la phase «Regarde, écoute et tais-toi!», ce qui fait que je conserve une certaine naïveté. Ce que j'apprécie le plus, ce sont les bons échanges avec des collègues de tous bords, ce qui me surprend agréablement. Cela montre

que l'UDC ne mérite pas toujours sa réputation de groupe borné.»

3. «Trop souvent, on discute beaucoup, par exemple sur les débats d'entrée en matière, alors qu'on sait que tout le monde sera d'accord. Nous pourrions gagner en efficacité.»

Kurt Fluri (PRD /SO), 49 ans, député au Conseil national, maire de Soleure.

1. «Je suis impressionné par le sérieux du travail de la plupart des membres des commissions, qui savent que seule une préparation adéquate permet d'influer sur les débats.»

2. «Je suis parvenu plus vite que prévu à nouer des contacts intéressants. Il y a dans chaque groupe des personnalités avec qui l'on peut débattre rationnellement.»

3. «Je préférerais que l'on se cantonne aux questions essentielles plutôt que de suivre les obsédés de la mise en avant personnelle. On perd aussi trop de temps en débats inutiles qui ne débouchent sur aucune décision. Le temps nous est trop compté pour cela.»