Sélectionnés sous la responsabilité du Fonds national pour la recherche scientifique (FNRS), dix-huit projets sont en concurrence pour être désignés Pôles de recherche nationaux (PRN). Après un écrémage initial des requêtes opéré par des chercheurs selon des critères scientifiques (229 lettres d'intention en mars 1999, 84 esquisses en juillet 1999 et 34 requêtes déposées en mars 2000), la procédure devient politique. C'est le secrétaire d'Etat à la science et la recherche Charles Kleiber qui prépare le choix des futurs pôles, le Conseil fédéral devant prendre les décisions. Quels critères seront décisifs? Combien de projets deviendront des PRN eu égard aux moyens limités disponibles? La tension monte dans les universités où la méfiance grandit face à une procédure qui échappe désormais aux chercheurs.

«La procédure est opaque», critiquent plusieurs scientifiques. Un reproche inspiré par le passé: un rapport du Conseil suisse de la science avait souligné des faiblesses dans l'attribution des Programmes prioritaires (PP), une forme antérieure de ces programmes de recherche mis en œuvre par la Suisse de façon volontariste. Soucieux de rassurer les chercheurs et les responsables universitaires, Charles Kleiber les a réunis jeudi pour leur expliquer la procédure qu'il suivra. Désireux de faire la transparence sur cette phase cruciale, il s'en est aussi expliqué devant la presse.

Des textes législatifs – la loi sur la recherche et surtout son ordonnance d'application – précisent la marche à suivre. Un texte de Charles Kleiber, qui formule son projet pour les Hautes écoles, a en outre été publié. Ce document («Pour l'Université») résume l'esprit de la réforme universitaire en cours dont les PRN sont un instrument. Les projets retenus contribueront en effet à recomposer le paysage universitaire pour plusieurs années. Chaque projet retenu valorisera l'université qui aura le leadership de sa mise en œuvre. Ainsi apparaîtront des pôles d'excellence. Deux autres critères «politiques» de sélection sont spécifiés: les PRN devront produire des résultats pour la société. Par exemple favoriser les transferts de connaissances et de technologies vers les entreprises. Des garanties d'un management de qualité seront requises.

Ce sont surtout les ressources disponibles qui inquiètent. Cumulés, les coûts des 18 projets estimés par leurs auteurs produisent une facture de 729 millions pour quatre ans. La part réelle de financement que les chercheurs demandent au FNRS se chiffre à 370 millions pour quatre ans ou 288 millions pour trois ans. Vu le léger retard pris, la phase d'attribution d'une enveloppe budgétaire couvre la période 2001 - 2004, soit trois ans. Or les ressources disponibles du FNRS pour cette tâche culminent à 114 millions sur trois ans. La différence de 174 millions? Charles Kleiber a lancé jeudi un large appel: à l'ingéniosité des chercheurs (rationaliser les coûts de leurs projets de 10% au moins); aux collectivités publiques (cantons, communes); aux Hautes écoles (accueillir un PRN doit les inciter à investir dans ce domaine au détriment d'autres); à l'économie privée. «Je ne me fais pas trop de souci». Charles Kleiber s'engage à trouver les cofinancements nécessaires.

Pas de pôles au rabais

Le spectre de Pôles de recherche nationaux au rabais est écarté. «Pas question de toucher à la substance des projets.» En revanche, le risque existe de devoir se contenter d'un petit nombre de PRN. «Idéalement, il faudrait les 18. Un bon objectif est d'en conserver plus que 10. En dessous, ce serait un échec personnel», déclare Charles Kleiber. Les 18 projets sont ventilés en quatre grands domaines de recherche: les sciences de la vie (7), les technologies de l'information et de la communication (3), les sciences de base (3), le développement durable et l'environnement (2) ainsi que les sciences humaines et sociales (3). A relever que neuf projets (un sur deux) ont été conçus dans une Haute école en Suisse romande; l'EPFZ (1 projet) est moins présente que l'EPFL (2). «La vitalité scientifique de la Suisse romande me réjouit», apprécie le secrétaire d'Etat, qui annonce de premières décisions en novembre, et peut-être dans un deuxième temps, en mai 2001.