Une centaine de personnalités issues des milieux économique, académique, culturel et politique se mobilisent pour sauver les accords bilatéraux avec l’UE remis en question par l’acceptation de l’initiative contre l’immigration de masse, lit-on dans la Schweiz am Sonntag (résumé de l’article ici). Ils vont lancer cette semaine un appel intitulé «La Suisse en Europe, l’appel de citoyennes et citoyens inquiets». Parmi les signataires, on trouve les anciens conseillers fédéraux Pascal Couchepin et Micheline Calmy-Rey. «Je suis inquiet de voir avec quelle nonchalance certains proclament que la Suisse peut très bien vivre sans les accords bilatéraux», lance Rolf Soiron, président du conseil d’administration de Lonza, qui figure parmi les signataires.

Le calendrier est opportun. Le mandat de négociation avec l’Union européenne a été adopté le 7 octobre par le Conseil fédéral. Il est actuellement en consultation auprès du Parlement, des cantons et des partenaires sociaux. Toujours selon la Schweiz am Sonntag, le conseiller fédéral UDC Ueli Maurer est le seul à faire de la résistance. Contrairement à ses collègues qui entendent négocier avec l’Union européenne, il estime que l’application de l’initiative contre l’immigration de masse doit primer sur la sécurité de la voie bilatérale.

Ceci alors que Christoh Blocher semble prêt à faire quelques concessions. Dans la SonntagsZeitung, l’ancien conseiller fédéral indique que si la Suisse trouve un meilleur système que les contingents pour réduire l’immigration, «je ne fermerai pas la porte à une discussion». Christoph Blocher pourrait ainsi soutenir la proposition du Professeur Reiner Eichenberger qui suggère de taxer les employeurs qui engagent du personnel étranger. Le PDC et le BDP ont également montré quelques sympathies pour cette idée.

Changement de stratégie

Que l’UDC se montre plus conciliante qu’au lendemain du 9 février n’est peut-être pas un hasard. Les sondages montrent l’attachement des Suisses aux accords bilatéraux. Le dernier baromètre électoral n’est pas de bon augure non plus pour le premier parti de Suisse, qui perdrait 2% de son électorat si les élections fédérales avaient lieu cet automne. L’UDC a peut-être également franchi le pas de trop en annonçant le lancement d’initiatives très controversées, notamment pour faire primer le droit suisse sur le droit international ou encore pour restreindre le droit d’asile aux requérants arrivant par avion.

Ces provocations cadrent mal avec l’intention de l’UDC de gagner quelques sièges au conseil des Etats en 2015. Car seuls des candidats au profil plus consensuel, capable de séduire le centre, peuvent espérer l’emporter dans une élection au système majoritaire. Les ténors du parti avaient bu la tasse en 2011. Christoph Blocher, Adrian Amstutz ou encore le président du parti Toni Brunner n’étaient pas parvenus à s’imposer. Selon la NZZ am Sonntag, l’UDC a tiré les leçons de ces échecs et va changer de stratégie en présentant des candidats capables de séduire une majorité. Le dominical évoque les noms de Rudolf Joder et Albert Rösti (BE), Felix Müri et Yvette Estermann (LU), Rita Fuhrer (ZH) et Hansjörg Knecht (AG) pour représenter l’UDC aux Etats.

L’enjeu d’Ecopop

Mais avant 2015, une autre échéance agite les partis politiques. Pour Le Matin Dimanche, l’initiative Ecopop pourrait créer la surprise dans le secret des urnes, le 30 novembre prochain. Car si le texte n’a été soutenu que par une voix au Conseil des Etats et trois au National, quatre groupes de convaincus peuvent allier leur force : Philippe Roch chez les écologistes, Lukas Reimann chez les conservateurs, Anne-Marie Rey pour la gauche et Thomas Minder dans les milieux économiques.

L’initiative est probablement trop radicale pour être acceptable pour les citoyens suisses. Mais la Schweiz am Sonntag craint également la formation d’une étrange coalition entre une gauche anti-croissance et la droite nationaliste. Et l’enjeu réside également dans le taux d’acceptation de l’initiative. Plus il sera élevé et plus il rendra incontournable une application stricte de l’initiative contre l’immigration de masse. D’ailleurs, les opposants ne sous-estiment pas du tout cette votation, à l’image des milieux académiques qui ne s’étaient pas suffisamment mobilisés avant le 9 février. Dans le SonntagsBlick, Ralph Eichler, président de l’ETH de Zurich, annonce qu’il en ira autrement ces prochaines semaines: «Je vous le garantis. Si l’initiative d’Ecopop est acceptée, dans dix ans, l’ETH n’aura plus le même visage. Ce sera une université de province», déclare-t-il.

Ebola peut-être bientôt là

Une autre actualité hante la presse dominicale: Ebola. Depuis l’hospitalisation d’une aide-soignante espagnole à Madrid, les pays européens se préparent tous à devoir affronter un cas. La Suisse y compris. «De Sion à Genève, en passant par Neuchâtel, Lausanne, Fribourg et le Jura, les hôpitaux romands sont prêts. Ils ont racheté des combinaisons, changé les lunettes de protection, lancé des formations, édicté des marches à suivre, et la Confédération a créé une plate-forme de spécialistes pour partager les compétences», écrit Le Matin Dimanche. Les risques d’avoir un cas d’Ebola en Suisse sont réels mais une épidémie y est peu probable. Ce qui n’empêche pas le journal SonntagsBlick de titrer: «La Suisse serait dépassée». Le problème résiderait principalement dans la pénurie de personnel soignant. «Un patient atteint d’Ebola placé en isolation nécessite autant de personnes à son chevet que deux patients aux soins intensifs», explique Hansjakob Furrer, infectiologue à l’Hôpital de l’Ile à Berne. La NZZ am Sonntag estime qu’il existe en Suisse quatre groupes à risques: le personnel médical revenant d’Afrique de l’Ouest, les requérants d’asile en provenance des pays touchés, la diaspora d’Afrique de l’Ouest en contact avec son entourage et les journalistes qui se rendent sur place.

Mais pour l’heure, réjouissons-nous: Ebola n’est pas là et c’est une vaudoise qui a été élue Miss Suisse 2014 samedi soir à Berne. Laetitia Guarino est étudiante en médecine à Lausanne. Elle soufflera ses 22 bougies le 23 octobre prochain. Evidemment, cette élection n’échappe pas à la polémique. Pas en raison du choix de l’heureuse élue mais du lieu où la manifestation était organisée, soit sur la place fédérale à Berne. Une immense tente transparente a été érigée durant la semaine en face du Palais. Ce qui pose la question de l’utilisation de cette place symbolique. Après un tournoi de beachvolley cet été, des voix s’élèvent pour restreindre la tenue de manifestation à cet endroit. L’heure est grave.