Valais

Un architecte influent au cœur de l’affaire Verbier

Le bureau d’architecture de Grégoire Comina apparaît dans sept des quinze constructions irrégulières dénoncées à Verbier. Pour ses défenseurs, il est victime des jalousies de ses concurrents

Personne ne prononce encore son nom dans les médias. Pourtant, il résonne dans la vallée de Bagnes depuis que l’affaire a éclaté en août dernier. Le bureau de l’architecte Grégoire Comina est sans doute le plus actif de Verbier. Selon le rapport des deux experts mandatés par la commune, il apparaît dans sept des quinze dossiers qui ont été validés par l’administration de Bagnes, malgré plusieurs irrégularités. L’architecte est aussi un promoteur immobilier qui travaille avec plusieurs des membres de l’exécutif local.

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Ce jeudi, la commune de Bagnes a rendu public le rapport de l’avocat Pierre-André Veuthey et de l’architecte Léonard Bender, qui ont analysé quinze dossiers de constructions, et qui ont relevé 50 irrégularités. Des travaux ont été réalisés sans mise à l’enquête publique ou alors avec des différences par rapport aux plans qui avaient été autorisés. Ils ont parfois été régularisés par la commune une fois le travail achevé. De plus, malgré les décisions contraires des tribunaux, l’administration a persisté à appliquer une loi communale plus permissive que la législation cantonale. Pour les experts, «un véritable système a été mis en place où tout le monde trouvait son compte».

L’associé siège dans la commission des architectes

Selon Léonard Bender, «la situation a dérapé en 2009, au moment où la commission des architectes a commencé à fonctionner». Pour le président de Bagnes Eloi Rossier, qui conteste de nombreux points du rapport, «cette déclaration mériterait une analyse plus approfondie». Composée de quatre membres, parmi lesquels l’associé de Grégoire Comina, la commission des architectes était mandatée par la commune pour donner un préavis consultatif sur les quelque 400 dossiers de construction mis à l’enquête chaque année. Les permis de construire étaient ensuite délivrés par l’exécutif.

Ils ne respectaient pas les autorisations de construire, alors qu’ils avaient participé au processus de décision

Avant de démissionner sans être remplacé, l’architecte communal François Besson avait vainement tenté de s’opposer à la constitution de cette commission. Dans un rapport daté de 2009, il écrivait: «Trois membres sur quatre n’ont pas de titre reconnu et/ou sont directement liés à la promotion de projets». Sept ans plus tard, l’expert Léonard Bender est choqué: «Les membres de cette commission, étaient non seulement favorisés parce qu’ils avaient connaissance des pratiques de la commune, mais en plus, ils ne respectaient pas les autorisations de construire, alors qu’ils avaient participé au processus de décision».

En affaires avec le président de la commission des constructions

Président du FC Sion entre 2002 et 2003, libéral élu député suppléant au parlement valaisan en 2001 et conseiller général de la ville de Sion en 2004, Grégoire Comina possède un bureau d’architecture qui emploie plus de 60 personnes. Plusieurs de ses confrères s’accordent pour dire que ses plans sont «sérieux et détaillés». Le bureau a pignon sur rue à Sion, Zermatt, Crans-Montana et Verbier. Les comptes de ce dernier bureau sont révisés par la fiduciaire du vice-président PLR de la commune de Bagnes, François Corthay. L’architecte préside aussi une société active dans l’immobilier. Le président de la commission des constructions de Bagnes, Jean Baillod, est un l’un des administrateurs de cette société qui a été fondée en 1969 par les pères des deux hommes.

Responsable des autorisations de construire jusqu’à ce que l’affaire éclate en août dernier, Jean Baillod possède une entreprise d’installations électriques. Révisée par la même fiduciaire, elle apparaît dans 9 des 15 dossiers irréguliers analysés par les deux experts. Plusieurs d’entre eux ont été élaborés par le bureau Comina. L’une de ces constructions cumule six irrégularités à elle seule. Ancien juge du Tribunal fédéral, Claude Rouiller a été nommé par l’exécutif pour établir un rapport destiné à analyser les faits qui pourraient être imputés à Jean Baillod comme président de la commission communale des constructions.

Pour le président Eloi Rossier, «personne n’a piqué dans la caisse». Depuis août dernier, il martèle que les dénonciations sont motivées par «les jalousies», et «ciblent un architecte qui travaille plus, et peut-être mieux que les autres». Grégoire Comina n’a pas encore pris connaissance du rapport, et il n’a pas encore été entendu par les experts. Contacté, il n’a pas souhaité s’exprimer.

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