Un gigantesque banquet qui se tiendra simultanément dans une trentaine de villes, dont Genève, Lausanne, Paris, Londres, Cotonou, Kaboul et Bethléem. L’événement aura lieu le 15 septembre prochain. Avec plusieurs buts: soutenir les paysans «d’ici et d’ailleurs», et notamment les producteurs locaux en présentant des produits du terroir, et plaider en faveur de l’autonomie alimentaire et du droit d’accès des populations autochtones aux ressources naturelles.

Michel Baumann, président de l’association «Un repas pour notre avenir – The Meal 2012», est à l’origine de l’événement. Il est aussi vice-président de la Société internationale des droits de l’homme, qui y participe. Et c’est plein d’énergie et de conviction qu’il détaille le projet, des étincelles dans les yeux. «Notre but est de promouvoir une nourriture saine, de susciter une prise de conscience sur l’état de notre planète, et de permettre de rapprocher citadins et producteurs locaux dans une action conviviale, citoyenne et festive. Les différentes villes qui y participent seront reliées par Skype.»

Le concept est simple: les partenaires qui font valider leur participation gèrent des tables de 10 mètres minimum (30 personnes) à 100 mètres, et proposent aux participants des repas réalisés avec des produits du terroir. Ces derniers achètent des tickets d’une vingtaine de francs environ pour participer au banquet, dégustent de bons produits, et soutiennent par ce biais des actions régionales et internationales proposées par les partenaires de tablée.

«100% du volume financier récolté par les bons de participation seront répartis et versés aux projets locaux et internationaux. Au minimum 20% des fonds collectés iront à Rajagopal et à l’organisation de sa grande marche non violente pour la justice, qui devrait, en octobre, réunir 100 000 démunis et paysans sans terres qui convergeront sur New Delhi pour faire valoir leurs droits», souligne Michel Baumann. «C’est un seuil minimal que nous demandons aux partenaires, mais certains verseront 100% des recettes à ce projet.»

Rajagopal? Militant gandhien et altermondialiste indien, il est le fondateur d’Ekta Parishad, une organisation qui aide en particulier les paysans sans terres à mieux contrôler les ressources naturelles. Il a fait le choix de n’utiliser que son prénom pour ne pas être étiqueté pour son appartenance à une caste.

«En promouvant les produits alimentaires locaux, nous prônons aussi la réduction du bilan carbone. Et l’eau ne sera bien sûr que de l’eau du réseau!» précise Michel Baumann. Il ajoute que les «résultats désastreux de Rio+20» ont démontré que «nous ne pouvons compter que sur nous-mêmes, nous organiser de façon globale, agir et communiquer de façon horizontale». «Les grandes réunions pyramidales sont les scories d’un autre siècle, la démocratie est basée sur la responsabilité de chacun», écrit-il sur son site internet.

A Genève, qui reste la plateforme de la manifestation, le banquet aura lieu sur la plaine de Plainpalais. Il débutera, comme ailleurs, à 12h GMT+1h, ce qui, pour certains, correspondra plutôt à l’heure du brunch ou du dîner. Il permettra de soutenir Ekta Parishad, mais aussi Don du chœur au Cambodge, un projet de Swissaid au Niger ou l’association Ecoles de la Terre.

Militant de la première heure, Michel Baumann avait déjà organisé un premier événement du genre, en 1999, à Genève. Une manifestation pour soutenir des projets pédagogiques dans des pays en voie de développement. Plusieurs milliers de personnes y avaient participé. Une tablée de 1400 mètres avait été organisée sur le pourtour de la Rade. Pendant ce temps, à Douala ou à Calcut­ta, d’autres faisaient de même. Michel Baumann était alors délégué d’Allez-hop CH!, une fondation créée par l’ancien conseiller national François Loeb, qui avait pour but de favoriser des «initiatives optimistes».

L’année suivante, en 2000, nouvelle tentative, à Palexpo. Qui n’a pas connu le succès escompté. Mais Michel Baumann ne se décourage pas. En 2009, alors que la Société internationale des droits de l’homme remet un prix à Almir Narayamoga Surui, en reconnaissance de sa lutte pour préserver son peuple et son environnement en Amazonie, il a un déclic. «Ce jour-là, j’ai compris à quel point droits humains et environnement sont imbriqués.» Sa rencontre avec Rajagopal fin 2010 ne fera que le conforter dans son constat. Il décide donc de remettre le pied à l’étrier.

Confiant, Michel Baumann espère renouveler cette «expérience globale» chaque année. Avec un autre thème. «Cette année, c’est la terre nourricière. Mais pour 2013, nous suggérons «Jeunesse, environnement et droits humains» ou «La fin du gaspillage des ressources naturelles». Mais nous demanderons aussi aux participants de nous proposer des thèmes.» Il ajoute qu’un autre objectif de la manifestation est de «devenir une oreille de l’ONU». «L’ONU ne communique plus avec le grand public», déplore-t-il. «D’une manière douce, nous pouvons secouer le monde»: cette maxime de Gandhi, il l’a faite sienne. Certains ont beau le traiter de doux rêveur, Michel Baumann ne recule devant rien.

«100% du volume financier récolté par les bons de participation seront versés à des projets»