Genève 

Un banquier privé à la rescousse de Rémy Pagani

Accusé d’avoir créé une fondation d’aide aux migrants sans l’aval du Conseil municipal et d’y avoir alloué 50 000 francs, en guise de «caution», le magistrat a bénéficié de l’aide de Guy Demole pour éponger sa créance

Une nouvelle polémique touche Rémy Pagani. Son nom: «Genève – Cité de refuge». Créée en 2017 par le magistrat, cette fondation de droit privé, dédiée à l’accueil des réfugiés, est dotée d’un capital initial de 50 000 francs. L’affaire, dévoilée fin janvier par la Tribune de Genève, éclate lorsque le Conseil municipal, qui n’a pas été consulté, apprend l’existence de cette fondation. Elle a rebondi ce mercredi en la personne de Guy Demole, comme l’a révélé Radio Lac. Ce banquier privé a en effet racheté le capital de dotation de la fondation afin de libérer Rémy Pagani, fortement critiqué pour ses méthodes cavalières, de toute obligation.

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Dans l’intervalle, le Service de surveillance des communes s’est penché sur le cas et déclare être désormais au stade de «l’instruction préalable». Pour Rémy Pagani, pourtant, tout est réglé. Il en tient pour preuve un courrier du Conseil administratif qui stipule: «La Ville de Genève n’ayant pas participé au capital de dotation de cette fondation de droit privé, le Conseil administratif n’avait aucune obligation de soumettre la création de celle-ci au Conseil municipal.» Le document précise encore que «Rémy Pagani a agi à titre personnel» tout au long du processus de création.

Un «pétard mouillé»

Aux yeux de l’intéressé, cette affaire n’est qu’un «pétard mouillé». Les élections municipales de 2020 approchent et Rémy Pagani, par ailleurs prévenu dans l’affaire des notes de frais, hésite toujours à se représenter. «En ce début de campagne mouvementé, les coups bas pleuvent, déplore-t-il. La droite veut récupérer la majorité au Conseil administratif et trouver le pendant de Pierre Maudet à gauche.»

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Comment en est-on arrivé là? Fin 2016, au plus fort de la crise des réfugiés, Rémy Pagani est dans son année de mairie. Choqué par les événements, il décide d’agir. Son projet? Un ambitieux centre de logement et de formation dédié aux réfugiés. En septembre 2017, il crée une fondation de droit privé à laquelle il alloue 50 000 francs de capital initial. «J’ai pensé qu’il s’agissait d’une simple caution pour démarrer», explique aujourd’hui Rémy Pagani. A cela s’ajoutent 50 000 francs de subvention accordés par le Conseil administratif en mars 2018 et pris sur le budget annuel de la mairie (sur un montant total de 190 000 francs). Lorsque les élus municipaux sont mis au courant en janvier dernier, au détour d’une question, ils tombent des nues et se sentent court-circuités.

Intérêt pour les migrants

Guy Demole entre alors en scène. Une «sensibilité profonde et sincère pour la cause des réfugiés»: c’est ce qui a poussé l’éminent banquier genevois, aujourd’hui à la retraite, à venir en aide à Rémy Pagani. Les deux hommes, qui n’ont a priori rien en commun, sont des amis de longue date. «J’ai connu Rémy Pagani à travers le Grand Théâtre, c’est quelqu’un que j’apprécie même si je ne partage pas ses opinions politiques», explique l’homme aujourd’hui âgé de 86 ans, ancien associé chez Pictet.

«Courant février, le magistrat est venu me voir, raconte Guy Demole. Il m’a dit que le municipal ne soutenait pas son projet, je l’ai senti un peu emprunté. Comme la situation des migrants me touche personnellement – mes ancêtres ont fui l’Italie et j’ai accueilli une famille cambodgienne durant trois ans – j’ai décidé de le soutenir financièrement.» Celui qui refuse qu’on l’appelle mécène précise: «Si Rémy Pagani m’avait demandé la même somme pour créer un skate park ou une boîte de nuit, j’aurais évidemment refusé.»

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«Rien de trouble»

A-t-il conscience que sa générosité ait pu éveiller la curiosité? «Les calculs politiques ne sont pas de mon ressort et ne m’intéressent pas, répond Guy Demole. J’ai agi en toute honnêteté, mon don n’a rien de trouble.»

Quel que soit son dénouement, l’affaire met en lumière le mode de fonctionnement controversé de Rémy Pagani. Hyperactif, fonceur et un tantinet brouillon, le conseiller administratif ne s’embarrasse pas des règlements administratifs et use parfois de méthodes hasardeuses pour soutenir les causes qui lui sont chères. «Quand on gère 60 projets à la fois, il y a plus de risques de se tromper», admet l’intéressé.

Aujourd’hui, la fondation «Genève – Cité de refuge» est un terrain triangulaire en friche situé rue de Montbrillant. «Nous avons l’autorisation de construire depuis un an, les sept premiers mobile homes ont été livrés, nous sommes prêts à démarrer le chantier», détaille Daniel Starrenberger, ingénieur et président du conseil d’administration de la fondation, qui précise que tous les membres du conseil sont bénévoles. Pour aller de l’avant, la fondation doit encore trouver des financements. A terme, le lieu devra accueillir des cours de français, un potager, des ateliers et, surtout, quelque 80 appartements.

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