Le cahier de doléances des infirmières présenté mercredi à Berne procède davantage du besoin de reconnaissance que d'une revendication syndicaliste classique. D'une santé dont chacun se plaint aujourd'hui de l'exorbitance des coûts, les infirmières disent désormais que les sacrifices doivent être également répartis. Même si les chiffres avancés par l'ASI sont sans doute exagérés, un fait demeure: les restrictions budgétaires dans les hôpitaux ont touché en priorité le personnel soignant, et épargné les médecins, qui, aux commandes des services hospitaliers et des budgets qui leur sont associés, ont favorisé leurs propres besoins.

On sent aujourd'hui un changement de ton dans le discours infirmier. Trop souvent reléguée, dans des hôpitaux de plus en plus déshumanisés, au rôle de dernier rempart entre le patient et la médecine ultratechnologique, l'infirmière est soumise à une hiérarchie médicale pointilleuse de ses prérogatives. Et là où l'un est censé disposer de la connaissance et du pouvoir qui lui est associé, l'autre dispose de l'expérience. De ce tandem boiteux, l'infirmière sort rarement gagnante et les symptômes de ce malaise sont là: à Genève, où une infirmière passe en moyenne autant de temps à se former qu'à exercer par la suite la profession qu'elle a apprise. Ni l'intérêt de l'activité, ni les rémunérations qui lui sont associées, ne sont la cause de cette désaffection. C'est bien le statut et le rôle assigné au métier d'infirmière par le pouvoir hospitalier qui sont en cause. Tout cela, à vrai dire, on le savait déjà. Mais que la profession le dénonce aussi directement est un fait nouveau.