En ce début de législature, tous les partis se découvrent des étoiles montantes. Le socialiste zurichois Daniel Jositsch, le radical bernois Christian Wasserfallen ou encore l'UDC genevois Yves Nidegger sont jugés très prometteurs. Au PDC, le nom d'un élu est sur toutes les lèvres, surtout depuis lundi et le début de la session parlementaire d'été. Celui de Pirmin Bischof, l'homme qui est parvenu, en octobre, à évincer du National le socialiste Boris Banga, gouailleur syndic de Granges. Après avoir intégré la présidence du parti national fin avril, il figure déjà en première ligne pour prendre le témoin de Christophe Darbellay à la tête du PDC, si le Valaisan est élu au Conseil d'Etat début 2009.

«Savoir rire ne suffit pas»

«Ich bin der Bischof von Solothurn» (traduction: «Je suis l'évêque de Soleure»), avait-il lancé devant les délégués démocrates-chrétiens, avant de se faire élire dans les sphères dirigeantes. «Je viens d'un lieu qui fait office de pont entre Suisse romande et alémanique, d'une ville d'ambassadeurs», souligne-t-il, fier de ses origines, en rappelant qu'il fut un temps où l'ambassade de France se trouvait à Soleure. Sa propre maîtrise du français, honnête, acquise lors de la rédaction d'une thèse de doctorat à Lausanne après des études à Harvard, avait d'ailleurs séduit les Romands lors de l'assemblée.

Ses collègues parlementaires se montrent élogieux: «Pirmin Bischof est tout-terrain. Sympathique, drôle, il a une grande facilité dans les rapports humains.» «C'est un rassembleur, dit de lui Christophe Darbellay en personne. Ce n'est pas pour rien qu'il gère les rapports du parti avec l'économie et qu'il siège d'ores et déjà dans la très prestigieuse commission de l'économie et des redevances du National. Il est vraiment compétent.»

Le très conservateur Gerhard Pfister ne se sentirait «pas floué avec un tel président». Pirmin Bischof est «sur une ligne plus centriste que moi, mais il est ouvert et je vois en lui une figure intégratrice.» Sa collègue Kathy Riklin, PDC à tendance écolo, commence par une pique: «Il ne suffit pas de savoir mettre l'ambiance et de rire très fort pour faire un bon président, la preuve par Toni Brunner.» Et de pondérer: «Pirmin Bischof doit encore travailler sur lui-même, développer un côté plus charismatique, plus «staatsmännisch», comme disent les Alémaniques pour désigner les caractéristiques d'un homme d'Etat. Mais il a les prédispositions nécessaires, concède-t-elle. En outre, il a beau être très proche de l'économie, il se montre sensible aux enjeux environnementaux.»

«Quand on ne trouve pas de critiques sur le fond, on s'attaque à la forme. Le seul bémol que j'apporterais, c'est que, comme beaucoup de gens de petite taille, il a tendance à surjouer, note un élu dont l'esprit critique ne se révèle que dans l'anonymat. Mais c'est un type bien!»

S'il existait un «mercato», comme au football, certains radicaux n'hésiteraient pas à pousser au transfert. «Il nous faudrait des gens de cette trempe. Bischof est dynamique, il dispose d'un authentique rayonnement et d'une grande chaleur humaine. Autant de choses qui font défaut dans nos sphères dirigeantes», ose une voix.

Il ne ferme pas la porte

Le principal concerné, 49 ans, n'a jamais douté de son appartenance politique. Il vient d'une famille démocrate-chrétienne. «Et le «C» de PDC a de l'importance pour moi. Non pas pour sa connotation religieuse. Mais parce qu'il marque un attachement à des valeurs humaines dans ce monde froid et égoïste.»

Pour le reste, il affirme ne pas avoir de plan de carrière. Il a réduit son temps de travail dans son étude d'avocat à 60% et, «dans l'idéal, je n'aimerais pas faire de la politique à plein temps». Actuellement, il peaufine ses dossiers, se battra pour la libre circulation et pour une réforme de l'imposition des couples, «surtout ceux qui ont des enfants», lui qui est pourtant célibataire «mais en de bonnes mains», comme on le lit sur son site internet.

La présidence du parti? Le Soleurois n'y pense pas. Pas même le matin en se rasant. Cela dit, il ne ferme pas la porte d'emblée. Comme d'autres de ses collègues (et parfois rivaux), il préfère temporiser. Attendre que Christophe Darbellay soit nommé candidat au Conseil d'Etat valaisan, ce qui devrait être chose faite le 6 juin. Il précise qu'il y a d'autres papables. Sans pour autant citer de noms. Ses collègues n'en fournissent pas davantage et se contentent de rappeler: «Qui aurait pensé, six mois avant l'échéance, que Christophe Darbellay succéderait à Doris Leuthard?»

A l'époque, pas grand monde n'avait misé sur le Valaisan. Aujourd'hui, pas grand monde ne mise sur quelqu'un d'autre que Pirmin Bischof.