«Liebe Mitschuldner, chers codébiteurs»: lorsqu'un président de la commission des finances, en l'occurrence le PDC haut-valaisan Louis Ursprung, s'adresse ainsi à un parlement discutant du budget – en l'occurrence le Grand Conseil valaisan –, on pourrait imaginer que la faillite n'est pas loin. Or c'est avec un budget 2005 positif de 5 millions que le grand argentier Wilhelm Schnyder s'est présenté ces trois derniers jours devant le législatif. Les contestations ont pourtant été vives.

Il faut dire que, forcé par la Constitution à respecter un double frein aux dépenses, Wilhelm Schnyder n'avait pourtant pas complètement suivi les mesures préconisées par la commission dite «Luyet», chargée d'indiquer où trancher, et choisi plutôt d'engranger de nouvelles recettes.

Le tabou des biens immobiliers

Les députés radicaux et PDC n'ont pas apprécié, fustigeant une augmentation des dépenses de plus de 4%, une diminution drastique des investissements, le fait que la dette globale ne maigrira pas d'un fifrelin en 2005 et, surtout, l'apparition d'un nouvel impôt.

Wilhelm Schnyder avait en effet brisé un tabou en proposant que les biens immobiliers ne soient plus taxés sur leur valeur fiscale, très basse, mais sur leur valeur réelle, ou cadastrale, opération qui aurait permis au canton d'engranger 10 millions supplémentaires. Le ministre des Finances a été prié de trouver ces dix millions ailleurs, c'est-à-dire en diminuant les dépenses. Chose faite le lendemain: chaque département voit son budget amputé, le plus touché étant celui des Finances avec 3,4 millions; le plus épargné, celui de l'Equipement et des Transports avec 997 000 francs.

Le diable étant dans les détails, cette session parlementaire aura vu Wilhelm Schnyder, réputé pour garder son calme et sa jovialité en toute circonstance, pousser la plus grosse colère de sa carrière. Un député PDC de la vallée de Conches avait qualifié la gestion des impôts en Valais de «gletschinot» à savoir «lötschentalisée» – allusion à la vallée natale du grand argentier –, avec tout ce que cela pouvait laisser sous-entendre d'amateurisme et de petites combines. Sèchement sommé de s'excuser, le malheureux a dû s'exécuter.

Hier, Wilhelm Schnyder avait retrouvé sa bonne humeur, puisque ce qui devrait être «certainement» son dernier budget était accepté largement, par 87 voix contre 16. Il pouvait évoquer sur Rhône FM le miracle des chiffres noirs valaisans, comparés à ces malheureux autres cantons «qui s'apprêtent à présenter des budgets déficitaires pour environ 1,8 milliard.» Quant à la dette globale valaisanne – 2,7 milliards –, l'homme du Lötschental a rétorqué que les députés pourraient être aussi bien appelés «Liebe Mitschuldige», chers complices.