AVSplus

Un cadeau à quatre milliards pour les rentiers

Les syndicats et la gauche demandent une augmentation des rentes AVS de 10%. La campagne pour la votation du 25 septembre se jouera sur son financement

L’initiative AVSplus est simple à comprendre. Portée par les syndicats et la gauche, elle propose une hausse de 10% des rentes, soit en moyenne 2400 francs de plus par année pour une personne vivant seule et 4200 francs pour un couple. Une telle hausse représente un montant de 4,1 milliards de francs suisses en 2018 et 5,5 milliards en 2030 en raison de l’augmentation prévisible du nombre de retraités.

Les initiants proposent comme financement une hausse des cotisations de 0,4% pour les employés, de même que pour les employeurs. La Confédération est pour sa part invitée à puiser dans ses ressources traditionnelles (taxe sur le tabac ou l’alcool, la TVA ou l’impôt fédéral direct) pour assurer sa contribution de 20% à l’AVS.

«LPP Exit»

Les chiffres étant posés, les initiants, qui ont lancé jeudi à Berne la campagne pour la votation du 25 septembre 2016, ont d’autres arguments pour séduire les citoyens: le taux de cotisation à l’AVS n’a pas augmenté depuis 1975 et se situe depuis à 8,4%. Il s’agit d’une institution solidaire, efficace et plus solide que le 2e pilier qui subit en ce moment les aléas des marchés financiers et perd en rentabilité, plaident-ils. Vice-président du syndicat Unia, Aldo Ferrari a inventé un nouveau mot: le «LPP Exit». Selon lui, il faut «se questionner si c’est raisonnable d’investir davantage dans le 2e pilier alors que les prestations sont en baisse».

Président de l’Union syndicale suisse (USS), le conseiller aux Etats Paul Rechsteiner mentionne également que la Constitution helvétique stipule que les rentes de l’AVS doivent «couvrir les besoins vitaux d’une manière appropriée». Ce qui n’est plus le cas avec le niveau des rentes actuelles, lesquelles se situent entre 1175 francs et 2350 francs par mois pour une personne seule. Preuve de cette insuffisance: près de 200’000 retraités (12,4%) font appel aux prestations complémentaires.

Enfin, l’AVS bénéficie particulièrement aux femmes qui n’ont pas pu pleinement contribuer à un deuxième ou troisième pilier. Inégalités salariales, interruptions de carrières ou encore temps partiels les pénalisent par rapport aux hommes. 38% des retraitées ne touchent ainsi que l’AVS, contre 13% des retraités. Selon Emilie Graff, co-secrétaire générale d’AvenirSocial, les jeunes profiteraient également d’un renforcement de l’AVS, afin de compenser les lacunes du 2e pilier. Elle estime que les jeunes n’ayant pas encore cotisé au 2e pilier à 30 ans sont plus nombreux que l’on croit.

Un agenda chargé

Simple à comprendre, AVSplus s’inscrit cependant dans un contexte politiquement, financièrement et économiquement défavorable et va donc chauffer les esprits dès la rentrée. L’initiative sera soumise au peuple alors que le Parlement n’aura pas encore terminé les débats sur «Prévoyance vieillesse 2020». Bien plus complexe, le projet d’Alain Berset entend réformer en même temps le 1er et le 2e pilier avec comme but de maintenir les rentes au même niveau, sans élever l’âge de référence de la retraite au-delà de 65 ans. Bien informé sur ce qui se trame dans les commissions parlementaires, Paul Rechsteiner affirme que la droite procède plutôt à un «massacre des rentes» (Le Temps du 30 juin) en commission du Conseil national. Mais le résultat final restant plus qu’incertain, les citoyens se prononceront cet automne sans avoir toutes les cartes en mains.

De plus, l’initiative arrive à un moment où l’AVS a atteint son point de bascule. En 2015, elle affichait un déficit de 579 millions de francs suisses. Avec l’arrivée à la retraite des «baby boomers», les perspectives sont sombres et consolider ce premier pilier sera déjà un défi. Même le ministre socialiste Alain Berset le dit.

Le Conseil fédéral et le Parlement rejettent l’initiative également pour son effet arrosoir et son mécanisme. Ils estiment qu’elle manque sa cible car la hausse de 10% bénéficiera davantage à ceux qui touchent déjà le plus. Quant aux classes de revenus bas, elles seront prétéritées par le fait que le supplément de rentes sera imposé, ce qui n’est pas le cas des prestations complémentaires.

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