Ancien procureur tessinois, le conseiller aux Etats radical Dick Marty s'inquiète d'une certaine «baisse de moralité et d'éthique» au parlement. Pour preuve, il cite la dernière offre exclusive que Swisscom, en plein débat sur la libéralisation du dernier kilomètre, a fait parvenir en décembre dernier au domicile des 246 parlementaires suisses: une année d'utilisation et de communications gratuites de la carte PC «Mobile Unlimited», qui permet de surfer sans fil sur Internet. Jeudi soir, la délégation administrative du parlement s'est emparée de l'affaire.

En cas d'utilisation intensive, le cadeau de Swisscom peut valoir plusieurs milliers de francs. Certains députés s'inquiètent de cette «tentative d'influencer» leur opinion. L'ex-opérateur national s'en défend, et parle simplement d'une offre d'introduction: si les parlementaires ne s'abonnent pas à la fin de la période probatoire, ils sont tenus de rendre la carte à Swisscom.

Un autre conseiller aux Etats trouve «curieux que le secrétaire général adjoint de l'Assemblée fédérale, Hans Peter Gerschwiler, cautionne l'opération de favoritisme commercial d'un acteur du marché de la téléphonie directement régi par les législateurs que nous sommes. En nous envoyant un courrier officiel qui nous apprend que tous les problèmes d'utilisation de la carte Swisscom sont désormais résolus, il donne à cette démarche le sceau de l'officialité…»

En effet, la lettre du 15 février signée par le chef de la division Ressources, sécurité et logistique a fait partie de la relance de l'offre de Swisscom. Hans Peter Gerschwiler y précise certes qu'il s'agit d'une «offre […] proposée à l'initiative de Swisscom», mais confirme que le Service informatique et technologies nouvelles (SITN), s'il ne peut «garantir le bon fonctionnement» de la carte, est disposé à l'installer lui-même. Porte-parole des services du parlement, Mark Stucki précise que le SITN effectue le service après-vente des ordinateurs portables IBM mis à la disposition des parlementaires – des «laptops» achetés en gros dans le cadre d'un appel d'offres.

Pas de rôle actif

Président du Conseil des Etats et vice-président de la Délégation administrative, Bruno Frick (PDC/SZ) a déclaré jeudi soir au Temps que, selon la délégation, «les services du parlement n'ont pas joué de rôle actif, et n'ont fait que répondre à des demandes de dépannage technique». Sur le cas de Swisscom, la délégation attend encore des éclaircissements. Elle se réunira à nouveau dans quinze jours avant de donner sa recommandation aux parlementaires.

L'initiative de Swisscom n'est pas une première: il y a quatre ans, l'opérateur avait offert une trottinette aux 246 membres de l'Assemblée fédérale. Et tant Orange que Sunrise leur ont déjà proposé des avantages. «Ils feraient mieux de baisser les tarifs pour tout le monde», s'énerve Christophe Darbellay (PDC/VS), qui a déposé une motion en ce sens: «Les communications mobiles sont 25 à 70% plus chères que dans les pays voisins!»