En 1992, un entrepreneur tue sa femme pour l’argent et maquille le crime en cambriolage

Le mari meurtrier d’un minable roman noir

«Le mari, la femme, la danseuse de cabaret, et l’argent qui salit tout. Jean-Claude P., ex-bras droit de l’entrepreneur Gilbert Facchinetti, est apparu hier, à l’ouverture de son procès devant la Cour d’assises de Neuchâtel, comme le triste héros d’un méchant roman de série B.

Au petit matin du 15 mai 1992, Jean-Claude P. téléphone à la police et déclare qu’il vient de retrouver sa femme assassinée dans son lit, la tête pleine de sang, dans leur appartement au rez-de-chaussée d’un immeuble résidentiel du paisible village d’Auvernier. Il est 4 h 51. D’abord discrètement, puis avec l’aide de nombreux gendarmes, les enquêteurs récoltent une série d’indices qui permettront l’après-midi déjà d’arrêter l’époux P. pour l’assassinat de sa femme. […]

Hier pourtant, Jean-Claude P. a dû se prononcer sur un acte d’accusation particulièrement accablant. Recroquevillé sur sa chaise, ce petit homme mince âgé de 50 ans a admis la plupart des 47 points retraçant son geste odieux. Mais, chaque fois qu’il le fallait, il a réfuté la préméditation et son avocat plaidera le meurtre par passion lors de son jugement le 25 mars prochain.

Restent les faits décrits par l’acte d’accusation. Dans leurs détails les plus crus, ils laissent apparaître une froide exécution commise par un noceur sans scrupule. Jean-Claude P. fréquentait une danseuse de cabaret depuis mars 1991. En lui promettant de l’épouser, il a mené la grande vie avec elle en claquant près de 300 000 francs. A la fin du mois d’avril 1992, il est ruiné, mais il fait croire à son amante qu’il a divorcé. A ce stade, l’acte d’accusation précise que Jean-Claude P. savait que son épouse – à laquelle il était uni sous le régime de la séparation des biens – possédait une fortune d’un demi-million de francs. Et qu’il a envisagé dès le mois de décembre de supprimer sa femme.

C’est le soir du 14 mai qu’il passe à l’acte. En rentrant d’une assemblée, il fait croire à ses collègues de travail qu’il se rend à son bureau pour établir le procès-verbal de la réunion. Il n’en tapera que le titre avant d’aller ingurgiter trois whiskies dans un café de Neuchâtel et de rentrer au domicile conjugal. Il est minuit et demi lorsqu’il sort le pistolet de petit calibre qu’il conserve dans un secrétaire. En prenant soin d’emballer l’arme dans une veste matelassée pour, comme les héros de la Série noire, amortir le bruit des coups de feu. Il en tirera trois en pleine tête de son épouse endormie dans leur chambre à coucher. Elle est tuée sur le coup.

Sans perdre de temps, le meurtrier chamboule l’appartement pour faire croire à un cambriolage qui a mal tourné. Il enfile une chemise propre et s’en va en voiture se débarrasser des habits tachés de sang dans un container de l’entreprise Facchinetti, où il a fait ses preuves en tant qu’administrateur.

Dans un cabaret de Neuchâtel, il se met alors à la fête. Il dépense des centaines de francs en bouteilles de champagne, caviar et autres gâteries qui culminent dans l’appartement d’une entraîneuse. Il est passé 4h du matin, l’heure de rentrer à la maison et de découvrir le cadavre de son épouse.

C’est la lamentable histoire de ce quinquagénaire à la brillante trajectoire professionnelle que la justice neuchâteloise devra soupeser pour déterminer s’il s’agit d’un assassinat ou d’un meurtre commis par un homme qui n’avait plus toute sa tête. Le fils de l’accusé, âgé de 25 ans, s’est porté partie plaignante. »

« Il est passé 4 h du matin, l’heure de rentrer à la maison et de découvrir le cadavre de son épouse »

ARCHIVES HISTORIQ UES

>> Sur Internet

www.letempsarchives.ch