Religions

Un camion pour célébrer la Réforme à travers l'Europe

Genève inaugure les festivités pour les 500 ans de la Réforme. Le conseiller fédéral Alain Berset a inauguré un véhicule qui sillonnera l'Europe pendant six mois, à la rencontre des citoyens 

Cinq cents ans après son œuvre, Martin Luther va entamer un voyage de six mois à travers toute l’Europe dans un rutilant camion Volkswagen bleu ciel de 33 tonnes. Au départ de Genève, sur la plaine de Plainpalais, jeudi. «Et qu’auraient dit Jean Calvin ou Ulrich Zwingli s’ils savaient que c’est un conseiller fédéral fribourgeois, donc catholique, à qui il revient de présenter la Réforme?», plaisante Alain Berset, venu tout exprès à Genève pour le coup d’envoi des célébrations des 500 ans de la Réforme. Devant lui, un parterre de personnalités politiques, de représentants des religions, suisses et allemands, tout comme le camion immatriculé chez le grand voisin du nord.

C’est pourtant la Cité de Calvin, siège du Conseil œcuménique des Eglises, qui a été choisie pour inaugurer une année de célébrations autour de la Réforme, la puissance de sa pensée, l’héritage qu’elle lègue. Tout un programme, symbolisé par ce camion qui se joue des frontières. Pendant deux jours, les Genevois pourront y entrer et questionner l’Histoire comme le présent. Des ateliers publics y sont organisés, sur le thème des migrants, du droit des enfants, de la santé, de l’œcuménisme. Une soirée interreligieuse et interculturelle pour la jeunesse est prévue, et même un spectacle de marionnettes pour raconter «Monsieur Luther» aux petits. Un programme que le président de l’Eglise protestante de Genève, Emmanuel Fuchs, a voulu fidèle à la tradition et ouvert sur les temps.

La Réforme, une citoyenne du monde

Puis le camion mettra les gaz et s’en ira porter ailleurs les messages de la Réforme. Ce faisant, il recueillera aussi les histoires de ceux qui voudront bien les lui livrer, à travers différents outils multimédias. «Ce camion montre que la Réforme est une citoyenne du monde», résume Heinrich Bedford-Strohm, président du Conseil de l’Eglise protestante d’Allemagne. Le véhicule parcourra 19 pays, fera halte dans 67 villes d’Europe, pour finir sa course à Wittenberg en Allemagne, là même où Martin Luther, selon la tradition, aurait affiché ses 95 thèses à la porte de l’église du château, en 1517, déclenchant la Réforme. Il opposait au commerce des indulgences la liberté de conscience.

C’est l’indulgence, au singulier, et la liberté, que la Réforme a transmises. «Tous les êtres humains sont égaux devant Dieu. Cette conviction portée par les réformateurs il y a 500 ans représentait un message d’émancipation. Aujourd’hui encore, elle constitue un message de liberté», rappelle Gottfried Locher, président de la Fédération des Eglises protestantes de Suisse. Ce message aura petit à petit, malgré des soubresauts, des zones d’ombre et la guerre de Trente Ans, façonné le monde moderne. «La réforme est plus qu’un tournant dans l’histoire de l’Eglise, a rappelé le conseiller fédéral Alain Berset. Elle est aussi importante pour les autres confessions et les athées. Elle n’appartient pas qu’aux réformés.» Elle aura engendré une dynamique spirituelle, culturelle, sociale et politique neuve, dans laquelle la Suisse aura joué un rôle de premier plan, «épicentre de ce séisme», poursuit le ministre socialiste. A qui il n’aura pas échappé que la justice sociale était aussi au cœur de la pensée des réformateurs suisses, «sans qu’il faille me soupçonner d’en faire des socialistes!»

«Sans elle, Genève serait une ville de province»

Chacun doit à la Réforme. Les Lumières avant nous, la démocratie aussi, l’économie sans doute. Et Genève, bien sûr, sans laquelle «elle n’aurait probablement été qu’une petite ville de province» selon Emmanuel Fuchs. «Genève doit ses valeurs à une culture protestante faite, à la fois, d’accueil, d’attention, de simplicité, de rigueur et de sens de l’effort, rappelle le président du Conseil d’Etat François Longchamp. Elle doit à la Réforme un rayonnement non seulement économique mais aussi spirituel et, pour une bonne part, son humanisme.» Dans le bleu du camion, un peu de l’Esprit de Genève. Et bientôt la route des peuples, pour leur rappeler que voilà un demi-millénaire se levait l’aube du monde moderne.

Publicité