La politique et la culture entretiennent des relations à géométrie variable dans le Jura, tantôt en symbiose, tantôt en conflit. Les artistes ont été des alliés essentiels des séparatistes dans la lutte pour la création du canton. Les autorités les ont ensuite oubliés. Le gouvernement a même supprimé le poste de délégué aux Affaires culturelles en 1997.

Depuis 1999, la politique de la culture dans le canton est redevenu un sujet chaud. La ministre Anita Rion a promis la nomination d'un nouveau délégué à la Culture, en principe d'ici à la fin de l'année. Même si la mise au concours n'est pas ouverte, d'aucuns se profilent en coulisse. Pas forcément pour devenir le fonctionnaire chargé de manager la culture dans le Jura, mais ils ne rougissent pas lorsqu'on les affuble de l'inofficiel titre de «ministre de la Culture», convaincus qu'ils sont de détenir les clés d'une politique culturelle dynamique.

Un député musicien

Le chef d'orchestre, professeur de musique et député libéral-radical de Courgenay Georges Zaugg est de ceux-là. Frère du peintre Rémy Zaugg, il a fait ses preuves. La résurrection de l'Hôtel de la petite Gilberte de Courgenay et l'organisation des festivités réunissant des ensembles de musique populaire de toute la Suisse, avec 10 000 spectateurs, c'est lui.

Depuis 1977, tous les deux ans, Georges Zaugg crée l'événement en proposant un automne musical à ses concitoyens. Son festival réunit un budget de 250 000 francs et 5000 spectateurs. Le 14e Festival du Jura affiche douze concerts dans sept localités du Jura et du Jura bernois. Un programme hétéroclite, avec des musiciens renommés, comme Tibor Varga et son orchestre, le ténor Christoph Homberger ou le pianiste Gérard Wyss. En bon politicien, Georges Zaugg a aussi programmé des artistes régionaux, comme la pianiste Christiane Baume-Sanglard, l'organiste Jean-Christophe Geiser ou l'Ensemble vocal d'Erguël.

Même s'il est frustré par le peu d'empressement manifesté par les autorités à prendre au sérieux son projet de salle de concerts devisé à 10 millions (Le Temps du 22 mars 2000), Georges Zaugg reprend à son compte les cartes politiques jouées par le canton: son festival est interjurassien, il s'ouvre vers Bâle et participera à Expo.02. Le musicien député sait aussi draguer ses amis politiciens: le comité de patronage est composé de Moritz Leuenberger, de tous les principaux politiciens jurassiens et du Jura bernois. La ministre Anita Rion, radicale comme lui, a rédigé l'édito du programme officiel. Bien qu'il prêche surtout pour sa paroisse, Georges Zaugg a compris son intérêt à associer politique et culture.

Festival musical du Jura, du 28 août au 27 octobre. www.isuisse.com/festijura