Un centre de requérants brûle pour la troisième fois à Vernier

Genève Un Erythréen de 29 ans a perdu la vie dans un incendie survenu lundi dans la nuit

Plusieurs témoins s’interrogentsur le respect des normes de sécurité

Dans la nuit de dimanche à lundi, un incendie a frappé une nouvelle fois le centre d’hébergement des requérants d’asile des Tattes, situé sur la commune de Vernier (GE). Il s’agit du troisième sinistre en quatre ans qu’affronte le plus grand établissement de ce type en Suisse. Si les précédents incendies n’avaient pas fait de blessés, il en a été autrement cette nuit-là. Un Erythréen âgé de 29 ans a perdu la vie à la suite d’une intoxication à la fumée. Deux autres victimes se trouvaient toujours aux soins intensifs lundi soir, «leur pronostic vital étant engagé», comme l’a rappelé le chef de la brigade sanitaire cantonale, le Dr Marc Niquille.

Si les causes du sinistre n’ont pas encore été déterminées – une enquête ouverte par le Ministère public aura à établir s’il s’agit d’un incendie de nature criminelle –, l’origine du feu a été localisée dans un appartement situé au rez-de-chaussée de l’un des bâtiments du centre. Sur les 700 personnes qu’héberge le complexe, 189 d’entre elles occupaient le bâtiment touché par l’incendie. «Tous des hommes célibataires, majeurs qui ont été déboutés de l’asile», précise Bernard Manguin, porte-parole de l’Hospice général, gardien des lieux.

«Nous avons reçu un premier appel à 0h31», explique le capitaine Marc Feuardent, du Service d’incendie et de secours (SIS). Dans un premier temps, un camion «tonne pompe», un véhicule muni d’une grande échelle et d’une nacelle ainsi qu’un fourgon incendie et une ambulance ont été dépêchés sur les lieux. Par la suite, le dispositif a été encore renforcé, fait savoir le capitaine. Au total, le SIS a déployé 12 engins. Les 23 pompiers professionnels ont été secondés par une trentaine de sapeurs volontaires de Vernier, sans compter la mobilisation de plusieurs samaritains, ambulanciers et médecins.

Selon plusieurs témoins, un vent de panique a soufflé dans les couloirs du bâtiment. Un fort dégagement de fumée a contraint «une vingtaine de personnes» à se défenestrer. D’autres ont été intoxiquées par des inhalations répétées de fumée. Au total, quarante blessés ont été transportés aux Hôpitaux universitaires de Genève (HUG), à l’Hôpital de La Tour, à Meyrin, et aux Hôpitaux de Nyon (VD) et de Morges (VD).

Plusieurs requérants du centre des Tattes ont fait part au Temps de leur inquiétude quant aux normes de sécurité du bâtiment. L’un d’entre eux s’étonne de l’absence d’escaliers externes de secours, un autre fait remarquer que «plusieurs extincteurs» avaient disparu, alors qu’un dernier explique que «des voies de secours étaient fermées». A ces interrogations, Bernard Manguin confirme l’inexistence d’escaliers de secours en dehors du bâtiment. Ce dernier est «équipé d’un escalier central avec des paliers séparés de la cage par des portes coupe-feu, fait savoir le porte-parole. Elles fonctionnent comme des portes de secours qui peuvent être ouvertes dans le sens de la fuite et qui sont closes pour empêcher le retour des occupants dans la zone de sinistre». Quant aux extincteurs, «leur nombre était réglementaire et ils étaient en bon état, assure-t-il, leur dernière révision datant d’août 2014».

Les conditions d’hébergement des requérants d’asile au sein de ce centre ont été plusieurs fois pointées du doigt par des associations d’aide aux migrants. Selon la Tribune de Genève , quelque 660 personnes sont aujourd’hui logées dans un foyer qui a été construit pour accueillir 450 requérants. «Et c’est sans compter le sous-encadrement en personnel», renchérit Michel Bavarel, président de l’association Agora.

660 personnes sont aujourd’hui logées dans un foyer construit pour accueillir450 personnes