Il détonne dans un Jura bernois introverti et besogneux. Jusqu’à son accent, un brin précieux. Sylvain Astier, candidat libéral-radical au Conseil d’Etat bernois lors des élections du 28 mars 2010, est un Parisien revenu à ses racines prévôtoises. Il a le contact chaleureux et la courtoisie indéfectible. Il répond à tout sans s’offusquer. «Je suis atypique», reconnaît Sylvain Astier, 34 ans, qui s’estime pourtant, depuis dix ans, Jurassien bernois pur sucre.

«Je suis originaire du Schwarzenburgerland, ma mère vient de Loveresse et parlait allemand en famille, mais je suis né à Paris», raconte-t-il. Infirmière à l’hôpital suisse de Paris, sa mère y a rencontré son père, chirurgien. «J’ai passé toute ma jeunesse dans la capitale française, mais je venais tous les étés chez mes grands-parents à Moutier.»

Après avoir obtenu une licence en droit à Paris, il fait du droit international à HEI Genève. «J’ai rencontré Gilles Petitpierre qui m’a incité à entrer au Parti radical. Mais Genève n’est pas ma ville. Je me suis installé à Moutier et grâce à Christine Beerli, je suis devenu radical dans le canton de Berne.»

«Mollesse» dans l’asile

En 2002, à 27 ans, Sylvain Astier devient député et se signale d’entrée de cause en dénonçant la «mollesse» de la politique d’asile de la ministre bernoise Dora Andres, pourtant radicale comme lui. «J’étais encore imprégné par la manière française de faire de la politique, où on dit les choses de manière directe», explique-t-il. L’effet est double: «On m’a catalogué très à droite et cela m’a fait connaître.» Non sans rouerie, Sylvain Astier «salue» ses adversaires, qui le raillent sans cesse, à l’instar du maire autonomiste de Moutier Maxime Zuber. «Je pense que c’est grâce à lui que je siège au Grand Conseil! Il m’a tellement attaqué qu’il m’a permis d’exister!»

Adepte des positions tranchées, Sylvain Astier s’affiche comme antiséparatiste sans équivoque. Il préfère la formule «pro-Bernois», s’estimant à l’aise dans ce grand canton bilingue. C’est un fidèle de Force démocratique. Il siège à l’Assemblée interjurassienne, qu’il estime pourtant inutile. «Une institution pour que les politiciens se gargarisent de leurs chamailleries», dit-il. Opposé à déplacer la frontière entre le Jura et Berne. Il voit tout de même un intérêt à l’AIJ: «Elle permet des collaborations avec le Jura, et j’y suis favorable. Mais il faut s’arrêter à cet aspect. La réunification est d’un autre âge. Je ne suis pas certain que tous les Jurassiens du canton y soient favorables. C’est populiste d’affirmer qu’on est séparatiste dans le Jura.»

Sylvain Astier s’est donc fait un nom en exigeant une politique d’asile plus stricte et en dénonçant les abus. Il est aux premières loges dans ce domaine, puisqu’il est chef de division à l’Office fédéral des migrations où il dirige les centres d’enregistrement. «J’ai une centaine de collaborateurs sous ma responsabilité.» Politicien à 50%, haut fonctionnaire à 100%, Sylvain Astier trouve encore le temps de s’occuper de sa famille et de ses deux enfants en bas âge. «Je sais basculer entre mes activités», affirme-t-il, mettant en avant sa capacité à s’organiser et à «penduler de manière efficace», devant faire les trajets Moutier-Berne tous les jours.

«De second couteauà couteau d’argent»

Appréciant la controverse, Sylvain Astier est régulièrement la cible de critiques. Jusque dans son parti où on n’apprécie pas toujours ses déclarations à l’emporte-pièce, ou «trop à droite». Il a été trois fois candidat au Conseil national, toujours recalé avec des scores modestes. «J’étais un second couteau, et me voilà devenu un couteau d’argent», lâche-t-il, à propos de son investiture dans la course au gouvernement.

Il sera le seul prétendant francophone d’un parti gouvernemental bourgeois et la Constitution garantit l’élection au Conseil d’Etat d’un Romand du Jura bernois. Et comme la force des blocs bourgeois et de gauche n’est pas très éloignée, Sylvain Astier devient un challenger courtisé. Si la droite entend reprendre la majorité gouvernementale perdue en 2006, ce sera forcément avec Sylvain Astier.

La question de l’allemand

Il le sait et s’affiche non seulement comme radical, mais comme «UDC compatible», afin de recueillir des suffrages chez tous les électeurs bourgeois. Il a fait du socialiste sortant Philippe Perrenoud sa cible principale. «Je combats ses idées, pas l’homme», nuance-t-il, citant au passage Claude Frey: «Je vise le but, pas le gardien de but.»

S’il veut diriger un canton bilingue, maîtrise-t-il l’allemand? «On dit Philippe Perrenoud bilingue, ironise Sylvain Astier. Mais les Alémaniques ne le comprennent pas.» Et de reconnaître qu’il parle un allemand scolaire. «Les Bernois ne sont pas idiots. Ils savent que je suis francophone. Ils veulent que je les comprenne, ce qui est dans mes cordes.» Il s’applique alors à converser avec le garçon de café en allemand. Pour faire bonne figure, il a prononcé son discours d’investiture «un tiers en français et deux tiers en allemand».

L’origine comme argument?

Une question revient régulièrement: Sylvain Astier ne mise-t-il que sur son origine du Jura bernois pour être élu? A-t-il l’étoffe d’un conseiller d’Etat? «J’ai un sens politique aiguisé, huit ans d’expérience au Grand Conseil. Mon expérience professionnelle est un atout. Je ne connais pas tout, mais les dossiers dont je parle, je les connais. Et bien!»

Toujours souriant à en devenir charmeur, Sylvain Astier a tout du candidat qui plaît. Il croque à pleines dents dans une campagne électorale où il ne se privera pas de «faire le spectacle», ne serait-ce que pour se démarquer de Philippe Perrenoud. A 34 ans, Sylvain Astier est à un tournant de sa carrière politique. Soit il accède au gouvernement, soit il songera progressivement à «faire autre chose». «Je brigue en parallèle un troisième mandat au Grand Conseil, mais ce sera le dernier.»