13h, gare Cornavin, un bus immatriculé en France, dans le département de l'Ain, déverse une quarantaine de personnes un peu hagardes. Des parents sont là qui les enlacent. Des responsables des CFF les accueillent, les informant qu'une cellule CARE d'assistance psychologique a été ouverte à l'intérieur de la gare.

«On ne voyait plus rien»

Ces voyageurs auraient dû arriver à Cornavin trois heures plus tôt à bord d'un train à grande vitesse (TGV). Marc Reyes, un Lausannois, trader en énergie, raconte: «On venait de quitter la gare de Bourg-en-Bresse, notre TGV ne roulait pas encore très vite car il était encore en phase d'accélération, tout à coup il y a eu un bruit très fort mais je n'ai ressenti aucun choc. On a senti le train qui tentait de freiner, cela a dégagé une poussière incroyable, on ne voyait plus rien à l'extérieur.»

9h20, le TGV Paris-Genève n°6561 vient de percuter à 100km/h un camion en convoi exceptionnel sur un passage à niveau, au lieu-dit La Vavrette, sur la commune de Tossiat, à une quinzaine de kilomètres de Bourg-en-Bresse.

Odeur épouvantable

Le choc est intense: le camion est projeté, réduit en morceaux, son conducteur est mort sur le coup. «Les gens se sont mis en boule pour se protéger, témoigne Franck Jacopin, un autre voyageur qui se rendait chez des amis à Annemasse. Ensuite, quand le train s'est enfin arrêté, on est sorti dans le calme. Par je ne sais quel miracle, le train ne s'est pas couché, il est resté en ligne, il n'a même pas vraiment déraillé, il a seulement modifié la trajectoire des rails.»

Interrogé par la Radio Suisse romande, le comédien et mime Jean-Pierre Amiel, qui se trouvait dans le TGV a de son côté parlé «d'un choc incroyable qui a duré 20 secondes et d'une odeur épouvantable. C'est mon sixième tour du monde, j'ai visité soixante pays et c'est la première fois qu'il m'arrive quelque chose», a-t-il confié.

Le bilan provisoire de cet accident, le septième selon la SNCF impliquant un TGV à un passage à niveau depuis sa mise en service en 1981, est d'un mort, le chauffeur du camion, et de 35 blessés légers parmi les 200 passagers du TGV, tous de nationalité française à l'exception d'un Néo-Zélandais. Le conducteur de la locomotive ne souffrirait que de légères blessures.

Plan rouge activé

Le plan rouge, qui permet de prendre en charge de nombreux blessés, a été aussitôt activé. «Ça a ressemblé à une série télévisée, relate Marc Reyes. Dix minutes après l'accident, deux hélicoptères se sont posés et puis les pompiers et les télévisions sont arrivés. Ils ont emmené les blessés dans un restaurant pour donner les premiers soins. Ça allait très vite, c'était très bien organisé. Il y avait même des psychologues qui nous demandaient si l'on avait besoin d'aide.»

«Il y avait une usine à côté, enchaîne Frank Jacopin. Son directeur nous a accueillis, il a offert des boissons et il a proposé à ceux qui ne possédaient pas de téléphone portable d'utiliser sa ligne pour rassurer leurs proches.» Rodolphe Eznack, le directeur de cette usine, a vu le chauffeur du TGV descendre «blême» et l'a forcé à s'allonger.

Enquête technique diligentée

Nez cassés, contusions, éraflures, états de chocs, voilà ce qu'ont enregistré les cinquante pompiers et les deux équipes du Samu déployés sur place. Les blessés les plus sérieux se trouvaient dans le wagon de tête. Trois personnes, dont le conducteur du train, ont été transférées dans un hôpital. «J'ai eu de la chance, estime Marc Reyes. J'avais initialement une réservation dans le premier wagon mais j'ai préféré déménager pour être plus près du wagon-restaurant.»

Le trafic a été bien entendu interrompu dans les deux sens et des moyens de substitution par autocar ont été mis en place par la SNCF pour acheminer les voyageurs vers Bellegarde et Genève.

Dominique Bussereau, le secrétaire d'Etat français chargé des Transports, a aussitôt demandé «qu'une enquête technique soit effectuée par le Bureau d'enquêtes accidents des transports terrestres pour déterminer les causes de cet accident.»

Passage à niveau en état de marche

Selon Pascal Gauci, le directeur de cabinet à la préfecture de l'Ain, «le camion s'est immobilisé pour une raison indéterminée et les barrières qui n'ont pas été forcées se sont refermées avant qu'il n'ait pu se dégager.»

«Le chauffeur du camion a pensé ne pas pouvoir passer sous le second portique. Il est sorti de la cabine et c'est à ce moment-là que la collision a eu lieu. Son corps sans vie a été retrouvé au bord de la voie», a de son côté commenté un gendarme.

Le directeur régional de la SNCF a tenu à préciser que le passage à niveau automatique avait un fonctionnement correct. Le trafic pourrait être interrompu pendant 48 heures sur cette portion de voie. Les trains seront détournés via Lyon, ce qui devrait entraîner des retards de 45 minutes dans les deux sens.