Si les députés ne rabotent pas trop le projet du gouvernement, la Suisse disposera d'une des lois les plus tolérantes à l'égard du cannabis, devant même la Hollande qui tolère la vente du chanvre mais pas sa culture.

Faut-il en avoir peur? Les risques semblent bien circonscrits. Le marché suisse du chanvre existe dans les faits depuis belle lurette sans susciter de problèmes majeurs d'ordre public. Et comme une enquête récente l'a encore montré, la consommation de marijuana et de haschisch est déjà banalisée sans que cela ait entraîné une dégradation constatable de la santé publique. La future loi prévoit en outre des précautions particulières à l'égard des mineurs, comme l'obligation faite aux autorités et aux professionnels de l'éducation de signaler les jeunes en danger à des autorités sanitaires à créer. Aller plus loin et introduire une interdiction pénale de consommer en dessous d'un certain âge serait contre-productif. La nécessité d'éviter une marginalisation dangereuse des consommateurs de cannabis est l'un des principaux arguments en faveur d'un assouplissement de la répression. Il serait absurde de priver les plus fragiles – les adolescents – de cet avantage.

La principale difficulté est ailleurs. La création d'un espace de tolérance au milieu d'une Europe en général plus restrictive, présente un risque diplomatique certain au moment où la Suisse s'apprête à solliciter dans des conditions peu favorables son adhésion à l'espace de Schengen. En faisant le pari qu'il parviendra, sur le modèle des Pays-Bas, à désamorcer par la négociation et les explications la grogne que son choix est susceptible de susciter, le Conseil fédéral démontre son attachement à la «voie suisse» en matière de drogue et aux valeurs de tolérance et de pragmatisme qui lui sont liées.