L'affaire Grossrieder a déjà débouché sur la mise à jour de dysfonctionnements de l'appareil judiciaire décrits par l'expertise Cornu-Piquerez. Le gouvernement ayant refusé de publier, en janvier 1999, l'annexe du premier rapport de Barbara Ott, il faudra sans doute attendre le second, attendu à la fin de l'année, pour que soient confirmés ou infirmés les forts soupçons de dysfonctionnement de la police judiciaire.

Une troisième institution fribourgeoise, et non des moindres puisqu'il s'agit du Conseil d'Etat, mériterait également une analyse de fonctionnement à la lumière de l'affaire Grossrieder. Alors qu'il en va de la crédibilité de plusieurs institutions du canton, le gouvernement n'a jamais su, ou voulu, prendre la mesure de la gravité du problème. Des informations importantes ont été tues ou délivrées trop tard, de graves attaques contre l'appareil judiciaire ou policier sont restées sans réponse. Le dossier Grossrieder aurait dû d'emblée être celui du gouvernement et impliquer le devoir d'ingérence de chaque membre de l'exécutif.

Mercredi, alors que la Suisse romande a les yeux rivés sur le pourrissement de l'affaire Grossrieder et le spectacle désolant d'une paralysie des institutions, le gouvernement a placé le projet routier de contournement de Bulle en tête de ses priorités. En refilant la patate chaude du dossier Grossrieder à leur collègue Augustin Macheret déjà débordé, le gouvernement donne l'image d'un collège incapable de décider de manière solidaire et responsable comment résoudre la panne des institutions.