L'effervescence de l'élection retombée, le gouvernement jurassien 2016-2020, avec un seul sortant (le PDC Charles Juillard, 52 ans) et quatre novices quadragénaires émanant de quatre partis, se mettra progressivement aux affaires. La nouvelle législature débute le 18 décembre, avec la répartition des départements.

Doyen d'âge et de fonction (il est ministre depuis 2007), réélu en première position, homme fort de l'actuel et, par la force des choses, du prochain gouvernement, Charles Juillard réunira ses nouveaux collègues «dès que possible», afin de débattre de l'organisation du collège et de l'attribution des dicastères. «Je souhaite que tout soit remis à plat, que nous ayons un large débat susceptible de chambouler l'organisation actuelle», précise-t-il, avec une modification de la loi au besoin.

Lorsqu'il a annoncé sa candidature à un troisième mandat, Charles Juillard déclarait au Temps son souhait d'associer dans un même département, «à sa mesure», les Finances – et ainsi détenir les clés de la maison – et l'Economie, où une impulsion forte vers la diversification industrielle et l'innovation doit être donnée.

Il a fait préparer des documents qui inventorient les missions gouvernementales. Il souhaite que, dans un premier tour de table, sans se sentir corseté par les dicastères usuels, chaque ministre imagine un département à sa convenance et aux besoins modernes d'un canton.

Le classement de l'élection du 8 novembre aura toute son importance. Charles Juillard a la légitimité pour revendiquer un département stratégique qui donne une visibilité nouvelle au Jura. Unique représentante de la gauche, la socialiste Nathalie Barthoulot, brillante deuxième, pourra elle aussi choisir. Portera-t-elle son dévolu sur la Formation et la culture, chères à la gauche et aux mains d'Elisabeth Baume-Schneider depuis treize ans.

Le chrétien-social David Eray, 3e, le PLR Jacques Gerber, 4e, et le PDC Martial Courtet, 5e, négocieront entre eux l’Environnement et l’équipement, la Sécurité, les relations avec les communes, les Affaires extérieures (domaine important avec le vote de Moutier, durant la prochaine législature, sur son appartenance cantonale). Resteront la Santé et les affaires sociales, honnies, dont risque d'hériter le moins bien classé, Martial Courtet.

Bonne formule à trouver

Les élus devront trouver la bonne formule entre fonctionnements contraints et possibilités de dépoussiérer les processus. Ils se souviendront que leurs voisins neuchâtelois, en 2009, avaient aussi élu un gouvernement avec un seul sortant (Jean Studer) et quatre nouveaux. A vouloir rompre avec les convenances, ils avaient transformé la législature en bourbier politique permanent, avant d'être renvoyés par les électeurs.

Au bénéfice d'une formation supérieure et déjà au parfum des affaires de la collectivité pour avoir été députés ou hauts fonctionnaires, les nouveaux ministres revêtiront rapidement l'habit de gestionnaires d'Etat. «Ont-ils seulement l'étoffe?» avait demandé durant la campagne l'UDC Thomas Stettler.

Les affinités personnelles et les tempéraments joueront également un rôle. Charles Juillard sera le timonier naturel. Lui aussi fils d'agriculteur ajoulot, Jacques Gerber lui emboîtera le pas. Nathalie Barthoulot ne sera pas en reste. David Eray et Martial Courtet auront tout à prouver.