Stage pédagogique

Un collège zurichois en immersion dans la Genève internationale

Pour combler le déficit d’image de la Genève internationale dans certaines régions de Suisse, la Fondation genevoise Eduki propose à des écoles alémaniques des séjours de «citoyenneté globale» pour prendre davantage conscience de l’intérêt que cet écosystème revêt pour la politique étrangère de la Suisse

«Connaissez-vous le fondateur de la Croix-Rouge?» A la question de la guide germanophone du Musée de la Croix-Rouge, les vingt étudiants du collège de la Kantonsschule Enge à Zurich répondent, presque unanimes: «Henri Dunant.» Devant une banderole portant le nom des disparus de Srebrenica, certains peinent à dissimuler leur émotion. «Cette visite du musée m’a été très utile. J’arrive désormais à mieux réaliser l’ampleur du travail du CICR», relève Charlotte Easson, qui suit la filière langues en vue de l’obtention de la maturité.

Mieux comprendre «la Genève internationale»

En immersion pendant une semaine dans la Genève internationale dans le cadre d’un programme proposé par la Fondation Eduki, ces collégiens alémaniques de 17 et 18 ans découvrent le dense écosystème des organisations internationales, ONG et institutions académiques. Visite commentée de l’ONU, rencontres avec la directrice de l’ONG Handicap International et d’une ancienne fonctionnaire du Haut-Commissariat pour les réfugiés (HCR), exposé sur la problématique des mines au Centre international de déminage humanitaire de Genève (GICHD): au fil de la semaine, la Genève internationale, une notion souvent très vague pour les jeunes du pays, devient moins abstraite.

Etudiant de maturité économique, Tim Aebersold connaissait déjà un peu le CICR, mais se dit surpris par le travail préventif que l’organisation accomplit. Au milieu de la salle abritant quelque six millions de fiches de prisonniers de la Première Guerre mondiale, aujourd’hui toutes numérisées, le travail de reconstruction du lien familial effectué par le CICR l’impressionne.

Etre confronté à la réalité

Charlotte Easson voit les bénéfices qu’elle pourra tirer de sa semaine genevoise. «Dans ma famille, on débat beaucoup à propos de la pertinence ou non des Nations unies. Jusqu’ici, n’ayant pas beaucoup de connaissances à ce sujet, je me suis tenue à l’écart. Maintenant je me sens plus armée pour m’immiscer dans la discussion.»

Pour beaucoup d’étudiants, le séjour pédagogique effectué à Genève est une manière de mettre une réalité sur ce qu’ils voient à la télévision ou lisent dans les journaux. Professeure d’espagnol et d’italien, Ivana Di Quinzio constate l’effet positif sur la classe qu’elle accompagne: «Avec cette immersion, on saisit mieux la complexité des problèmes du monde. On voit aussi que la Confédération, en tant qu’Etat hôte, permet d’accomplir des choses qui vont bien au-delà de l’étroitesse du cadre suisse.»

Professeure et conseillère, Ruth Caspar ajoute: «Il est important que la Suisse, un pays riche et neutre, investisse dans ce secteur. Cela aide nos jeunes à se confronter au monde.»

Pilier de la politique étrangère

La visite d’une classe du gymnase zurichois participe d’une volonté d’améliorer la perception lacunaire de la Genève internationale qui constitue l’un des piliers de la politique étrangère suisse. A ce jour, 136 visites de classes de toute la Suisse sont prévues en 2017. Depuis 2015, la Confédération a doublé sa contribution financière (100 000 francs par an) à Eduki afin que le programme d’immersion ne se limite pas aux jeunes Genevois et aux Romands, mais qu’il s’adresse aussi à la Suisse alémanique et au Tessin. «La structure est petite, mais efficace», relève la présidente de la Fondation Eduki, Martine Brunschwig Graf.

Sensibiliser les jeunes du secondaire I et II (de 12 à 19 ans) au travail concret effectué au sein de la Genève internationale et aux métiers qui s’y exercent est une stratégie de long terme.

«Notre objectif est de fournir aux étudiants des informations sur la citoyenneté globale, de leur montrer qu’en cas d’ouragan, par exemple, certaines mesures pour en limiter les conséquences sont prises à Genève», relève Yvonne Schneiter, directrice adjointe d’Eduki, qui ajoute: «Notre programme répond à un objectif spécifique du Plan d’études romand (PER) qui impose la visite d’une organisation internationale durant le cursus scolaire.» Ambassadeur de Suisse auprès des Nations unies à Genève, Valentin Zellweger complète: «La Confédération soutient, en particulier, l’élaboration de matériaux didactiques en allemand et italien. La Genève internationale est une richesse pour tout le pays.»

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Pour ce qui est du déficit d’image de la Genève internationale en Suisse, l’ex-conseillère nationale Martine Brunschwig Graf le souligne: «Quand il a fallu convaincre Berne d’accorder un crédit-cadre d’environ un milliard de francs (pour la rénovation des infrastructures), les députés n’ont pas sourcillé. Ils ont fait confiance. Mais, avertit-elle, il faut toujours remettre l’ouvrage sur le métier. Le parlement fédéral change tous les quatre ans.»

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