Jamais on aura autant parlé de fumée en Suisse qu'en cette année 2008. Alors que les Chambres fédérales essaient laborieusement d'élaborer une législation fédérale, presque chaque canton planche sur sa propre solution pour lutter contre les méfaits du tabagisme dans les lieux publics.

Exceptions fédérales

Sous la coupole, le débat fait rage autour des exceptions. Le Conseil national souhaitant que certains restaurants, cafés ou discothèques puissent garder un label «fumeurs», le Conseil des Etats étant favorable à une interdiction qui laisse toutefois la possibilité aux tenanciers d'installer des fumoirs séparés. Devant l'impasse, la Chambre haute a adopté hier de justesse un compromis qui autorise les établissements publics à se déclarer fumeurs pour autant que leur surface n'excède pas 80 m2, entrée et toilettes comprises. Ils devront par ailleurs disposer d'une aération idoine et n'employer que du personnel acceptant de travailler dans ces conditions. Un quart des bars et restaurants de Suisse pourraient être concernés par cette disposition.

Les cantons explorent plutôt la piste des fumoirs. Ainsi, les citoyens de Zurich et Bâle-Ville ont accepté dimanche deux initiatives similaires de la Ligue pulmonaire prohibant le tabac dans tous les lieux publics. Les cafés, bars et autres restaurants ont toutefois la possibilité d'aménager des fumoirs self-service. Le peuple de Nidwald, au contraire, a adopté une nouvelle loi qui demande uniquement aux restaurateurs de choisir si leur établissement est fumeur ou non.

Outre-Sarine, la possibilité de délivrer des autorisations d'exploiter des établissements fumeurs est réservée dans les projets de loi en élaboration en Argovie et en Thurgovie. Elle va entrer en vigueur à Saint-Gall, où les demandes sont nombreuses. La fumée est déjà bannie des restaurants à Appenzell Rhodes-Extérieures, dans les Grisons, ainsi qu'au Tessin, précurseur en la matière. Soleure suivra en 2009.

Diversités romandes

En Suisse romande, le parlement valaisan a adopté la solution des fumoirs. L'interdiction du tabac dans les lieux publics est toutefois combattue par référendum. La votation est prévue le 30 novembre. Le même jour, dans les cantons de Vaud et de Fribourg, les citoyens se prononceront sur une initiative similaire à celle adoptée par les Genevois en février, visant à bannir complètement la fumée des lieux publics. Dans les deux cas toutefois, le Conseil d'Etat soumet aux citoyens un contre-projet proposant la solution des fumoirs séparés. En cas d'acceptation des deux objets, une question subsidiaire tranchera.

La mésaventure genevoise pourrait-elle avoir une incidence sur les projets vaudois et fribourgeois? En aucun cas, répondent les ministres de la Santé des deux cantons, les socialistes Anne-Claude Demierre (FR) et Pierre-Yves Maillard (VD).

«Notre contre-projet a été concrétisé par une modification de la loi cantonale sur la santé, d'ores et déjà adoptée par le Grand Conseil. Si notre texte est accueilli favorablement par le peuple, cette dernière pourra entrer en vigueur. Si c'est au contraire l'initiative qui est acceptée, nous modifierons de nouveau la loi sur la santé pour aller dans son sens», relève la Fribourgeoise.

Dans le canton de Vaud, aucun texte de loi n'a été élaboré pour l'instant. «Mais nous avons prévu d'en faire un. Le contre-projet du Conseil d'Etat le stipule clairement», précise Pierre-Yves Maillard. Qui, contrairement à son homologue du canton de Fribourg, recommande au peuple un double oui, dans l'optique de ne pas diviser les voix. Il espère pouvoir mettre en chantier la nouvelle loi dès l'an prochain.