La campagne en vue des votations énergétiques du 24 septembre s'articule autour de deux pôles principaux. D'un côté, ceux – écologistes en tête – qui souhaitent une action forte pour promouvoir les énergies renouvelables et militent pour un triple oui. De l'autre, ceux qui jugent malvenu de grever l'économie et les ménages avec de nouvelles taxes, fussent-elles écologiques, et proposent de déposer trois non dans l'urne. Diverses personnalités et institutions ont adhéré officiellement à l'un ou à l'autre de ces deux camps bien qu'elles soient en fait favorables à une solution plus différenciée. Les cantons alpins soutiennent par exemple le triple oui bien qu'ils ne s'intéressent qu'à l'une des trois taxes, celle, temporaire, dont le produit sera reversé partiellement à l'industrie hydroélectrique. Ces considérations tactiques s'expliquent par le souci de ne pas disperser les forces en de multiples comités aux mots d'ordre divergents, situation qui risquerait d'embrouiller les citoyens et de rendre ainsi très aléatoire l'issue des votations.

Le comité «Oui à la réforme fiscale écologique», qui a fait valoir ses arguments jeudi, fait lui le pari que les votants seront capables de davantage de nuance et a milité pour une «troisième voie». Constitué de parlementaires des trois partis bourgeois, il ne dispose, avec un budget d'environ 1,5 million de francs, que d'environ 10% des moyens engagés dans la campagne. Par sa taille, le comité est assez réduit aussi. Il ne compte que 14 députés mais pas des moindres. On y trouve notamment les radicales Christiane Langenberger et Christine Beerli, les démocrates-chrétiens Peter Hess et Rudolf Imhof et les démocrates du centre Samuel Schmid et Lisbeth Fehr.

Milieux économiques visés

Le comité rejette avec les milieux économiques l'initiative solaire (taxe maximale de 0,5 centime par kWh durant vingt-cinq ans sur les énergies non renouvelables) comme son contre-projet (0,3 centime par kWh durant quinze ans au plus). Ces nouveaux prélèvements de l'Etat (750 millions de francs par an pour l'initiative solaire, 350 millions pour le contre-projet) serviront à distribuer des subventions jugées excessives voire inopportunes en faveur du développement des énergies renouvelables. Le comité craint toutefois que l'on jette le bébé avec l'eau du bain. La troisième taxe proposée, dite incitative, est de nature différente. Beaucoup plus lourde (elle rapportera jusqu'à 3 milliards par an) et prévue pour être instaurée de manière définitive, elle sera entièrement compensée par un allègement des cotisations sociales de l'employeur comme de l'employé, a rappelé Christiane Langenberger. Il s'agit donc d'une réforme du système fiscal, neutre au niveau des coûts, qui s'inscrit dans une logique internationale visant à taxer moins le travail et davantage les énergies polluantes et/ou non renouvelables.

Les représentants du comité s'en sont pris avec vigueur aux milieux économiques qui combattent la taxe. La redevance incitative remplit tous les critères qu'ils exigent habituellement pour adhérer à une réforme, a fait valoir Rudolf Imhof. A commencer par le fait qu'elle n'altère pas la quote-part fiscale et qu'elle réduit le coût du travail. A ses yeux, la taxe renforcera même à terme la compétitivité de l'économie suisse en stimulant les forces innovatives et elle créera des emplois qu'il est toutefois aléatoire de chercher à quantifier.

En arguant que la taxe incitative est inutile car le parlement à la possibilité d'introduire une taxe sur le CO2 si les émissions polluantes ne diminuent pas en Suisse, l'économie espère en réalité que ni l'une ni l'autre n'aboutissent, a fait valoir la radicale saint-galloise Erika Forster-Vannini. Les deux taxes sont complémentaires à ses yeux. Une différence sensible est que celle sur le CO2 s'appliquerait aux émissions polluantes et qu'elle épargnerait donc l'industrie nucléaire. La démocrate du centre zurichoise Lisbeth Fehr a concédé que le produit de la taxe ne profitera pas directement aux rentiers et autres personnes ne payant pas de cotisations sociales. Elle a toutefois rappelé que c'est précisément les milieux aujourd'hui opposés à la taxe qui l'avait voulu ainsi au parlement et qui militent par ailleurs aujourd'hui pour un relèvement de l'âge de la retraite. En tout état de cause, «décharger le travail ne peut être considéré comme asocial».