Congé paternité

Un comité hétéroclite contre le congé paternité

Un groupe de personnalités de l’UDC, de jeunes PLR et même de PDC attaque le compromis de deux semaines approuvé par les Chambres, «ces vacances pour quelques-uns payés par tous les employés»

Alors que les associations patronales – tant l’Union patronale suisse que l’Union suisse des arts et métiers (USAM) – avaient renoncé à lancer un référendum contre le congé paternité de deux semaines, voilà que surgit un comité hétéroclite. Formé notamment de politiciens UDC, dont Christoph Blocher et une dizaine de conseillers nationaux, mais aussi de jeunes PLR et d’anciens élus du PDC, il lance le référendum contre le compromis trouvé par les Chambres en septembre dernier.

Au centre des médias du Palais fédéral, Arthur Loepfe livre son baroud d’honneur. Agé de 77 ans, cet ancien conseiller national PDC et président de la délégation des finances tape du poing sur la table. A l’en croire, le congé paternité de deux semaines est un risque pour la Suisse. «Les conditions-cadres de l’économie vont se dégrader et ainsi menacer gravement l’emploi en Suisse. On ne pense pas assez aux futures générations», affirme l’ex-landamann d’Appenzell AI.

Sorti de l’ombre au dernier moment, ce comité brandit un discours très économique. Selon Diana Gutjahr, coprésidente du comité et candidate à la présidence de l’USAM pour succéder à Jean-François Rime, l’état social atteint les limites du supportable. «Les charges grevant nos PME ne cessent d’augmenter», déplore-t-elle.

Des coûts indirects très lourds

A première vue, le congé paternité de deux semaines coûte 240 millions de francs, financés par l’assurance pour perte de gain (APG). Mais c’est sans compter les coûts indirects qui en résultent pour chaque entreprise: des charges administratives, la recherche de remplaçants pour suppléer à l’absence des jeunes pères ou alors le paiement des heures supplémentaires accomplies par les autres collaborateurs. Il y en a au minimum pour 400 millions, voire 1,1 milliard de francs, selon les estimations.

«Et tout cela pour offrir des vacances à quelques-uns», s’emporte encore le comité dans son slogan. «C’est irresponsable», lance même Susanne Brunner, présidente de l’USAM de Seefeld à Zurich. «Il est intolérable de créer une nouvelle assurance sociale alors qu’on n’en a pas encore assaini d’autres comme l’AVS», s’irrite-t-elle.

La fronde des Romands

Si l’UDC nationale est prête à soutenir ce référendum, elle devra faire face à une fronde romande. Dans l’Arc lémanique, on est loin de se joindre à ce comité. Céline Amaudruz, présidente de l’UDC Genève, indique même que «le congé paternité de deux semaines ne va pas assez loin». «Le modèle familial a évolué. Les femmes travaillent et les pères s’impliquent dans les tâches domestiques et l’éducation des enfants», remarque celle qui est aussi vice-présidente du parti suisse. Céline Amaudruz annonce déjà la couleur. «Je m’engagerai dans cette campagne», assure-t-elle.

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Un vent de révolte souffle aussi dans le canton de Vaud. Kevin Grangier, père de trois enfants en bas âge, relève qu’il approuve désormais le compromis, après avoir soutenu l’initiative qui exigeait quatre semaines de congé paternité. Il sait de quoi il parle. Lorsque sont nés ses jumeaux, il n’a pu prendre qu’un jour de congé, comme le prévoit le Code des obligations, alors qu’un de ses enfants se trouvait en néonatologie. Il ajoute que, en tant que membre de l’UDC, il préfère «promouvoir une politique nataliste en Suisse plutôt qu’une politique d’immigration».

Malgré ce référendum, le comité d’initiative pour un congé paternité reste serein. «Le dernier sondage, qui date d’août 2019, indique que 85% des personnes interrogées approuvent le principe d’un congé paternité», rappelle son président, Adrian Wüthrich. Quant à l’argument massue des référendaires, selon lequel le congé paternité ne serait que des «vacances payées», il secoue la tête: «C’est un affront que de traiter de profiteurs des pères qui veulent s’impliquer davantage dans leur famille.» Une précision importante: si le référendum aboutit, le peuple ne tranchera que sur le compromis des deux semaines. S’il l’approuve, le congé entrera en vigueur sans qu’on vote sur l’initiative.

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