«Voulons-nous être les ânes de l'Europe et les dupes du Vorort?» C'est avec cette question choc que Daniel Brélaz, municipal lausannois des Services industriels et membre du conseil d'administration d'EOS, a entamé, lundi à Lausanne, son vibrant plaidoyer en faveur des taxes écologiques. Pour lui, comme pour les autres membres du comité romand interpartis qui soutient l'initiative solaire, son contre-projet et la redevance incitative, les engagements pris par la Suisse aux sommets de Rio et de Kyoto et la libéralisation du marché de l'électricité justifient l'adoption de ces taxes. Il s'en prend vertement au Vorort, qu'il accuse de promouvoir le triple non simplement parce qu'il veut sauver l'énergie nucléaire. «Le Vorort dit se satisfaire de la loi sur le CO2. Or, si elle voit le jour, la taxe sur le CO2 ne concernera ni le nucléaire, ni le charbon importé d'Allemagne, qui n'est pas soumis à la législation allemande sur le CO2», proteste l'écologiste lausannois.

Sur la question des taxes vertes, Daniel Brélaz avance main dans la main avec les cantons de montagne, représentés par le conseiller d'Etat valaisan Wilhelm Schnyder et le conseiller aux Etats Simon Epiney. Pour eux, l'enjeu porte avant tout sur la sauvegarde de l'énergie hydroélectrique, qu'ils ne veulent pas voir tomber dans des mains étrangères. «Le nucléaire, en France, et le charbon, en Allemagne, sont subventionnés par l'Etat. La Suisse doit aussi subventionner sa force hydraulique», plaide Wilhelm Schnyder. Le soutien des cantons alpins à l'initiative solaire n'a pas manqué d'étonner, car ils n'en profitent pas directement. Il est avant tout tactique. Et Wilhelm Schnyder ne doute pas que, s'il devait favoriser l'initiative solaire au détriment du contre-projet, on trouverait le moyen d'utiliser une partie des recettes pour défendre la houille blanche. Représentant du WWF, Jean-René Hulmann confirme: «Le comité de l'initiative solaire est ouvert à l'idée de laisser un peu de marge pour l'hydraulique.»

Le comité romand disposait lundi à Lausanne d'un allié de poids: le conseiller fédéral Moritz Leuenberger. Il a rappelé que le gouvernement, s'il rejette l'initiative solaire, approuve le contre-projet et la redevance incitative. «Le contre-projet est une mesure d'accompagnement pour l'énergie hydraulique, qui se retrouvera sous une grosse pression financière avec l'ouverture du marché», argumente-t-il. Moritz Leuenberger se présentera une fois encore devant la presse, mardi prochain à Berne, avec Adolf Ogi et la chancelière Annemarie Huber, qui occuperont ainsi la place qui avait été proposée à Kaspar Villiger.