Il y avait à Neuchâtel deux tabous à propos de la caisse de pension publique: la primauté des prestations et l’âge de la retraite. Le premier tient bon, mais le second est tombé, au terme du délicat exercice consistant à négocier un paquet de mesures pour assainir une caisse née en 2010 de la fusion des caisses du canton, des Villes de Neuchâtel et La Chaux-de-Fonds et d’autres partenaires parapublics.

Accord politique

S’il voulait aboutir au taux légal cantonal de couverture de 100%, Neuchâtel devrait injecter 2,1 milliards dans sa caisse de prévoyance. Il se contentera des exigences fédérales, soit un taux de couverture de 80% dans 40 ans. Le taux actuel est d’à peine plus de 50%.

La recapitalisation est d’abord politique et découle d’un compromis âprement négocié durant 11 séances réunissant les partenaires sociaux. Les employeurs et les employés l’ont approuvé, souvent dans la résignation, sauf un, le Conseil d’Etat. Qui traîne les pieds. Une attitude vertement dénoncée par les associations d’employés.

Le programme vise un taux de couverture de 60% en 2020. Il s’appuie sur une base optimiste de rendement de la fortune de 4% par année. Si la primauté des prestations est conservée – elle pourrait être contestée en débat parlementaire par une droite qui lui préfère la primauté des cotisations –, les assurés devront passer à la caisse en payant 1% de plus de cotisation. Le taux d’intérêt technique est ramené de 4 à 3,5%. Au moins jusqu’en 2018, et pour autant que l’inflation ne soit pas trop importante, les rentes ne seront plus indexées. La mesure la plus spectaculaire est l’augmentation de l’âge de la retraite. De 62 à 64 ans. C’est ce qui sera inscrit dans la loi. En réalité, de 2014 à 2019, l’augmentation ne sera que d’une année, à 63 ans. Si les objectifs de recapitalisation sont atteints en 2019, une deuxième phase de cinq ans maintiendra la retraite à 63 ans, puis une éventuelle troisième. En 2029 au plus tard, la retraite sera à 64 ans.

Partenariat social

Les employeurs contribueront eux aussi, en payant 1,5% de plus de cotisation (cela représente 15 millions par an pour l’Etat, par exemple). Ils verseront 60 millions dans la caisse Prévoyance.ne et créeront une réserve de fluctuation de valeur de 270 millions. Les 330 millions seront vraisemblablement prêtés par la caisse de pension, remboursables en 40 annuités.

«Un gros nuage est en train de se dissiper», se réjouit le conseiller d’Etat Thierry Grosjean, saluant «un partenariat social responsable». Représentant la Ville de Neuchâtel, Alain Ribaux parle de projet «solide et nuancé»: «Ce plan a l’immense mérite de ramener la sérénité.» Le secrétaire du SSP, Thierry Clément, est plus critique, même s’il souscrit au plan: «C’est, en gros: vous travaillerez plus, vous cotiserez plus, pour une rente moindre, sans indexation.» Il se montre également sceptique face à l’équilibre des efforts: les employeurs contribuent à hauteur de 45%, les cotisants pour 29% et les rentiers pour 26%. Le Grand Conseil aura le dernier mot, au printemps 2013.