En début de semaine dernière, le collectif féministe RTS du 14 juin (en référence à la grève des femmes de 2019) a créé un compte Instagram pour donner la parole aux victimes de pression et de discriminations (sexisme, homophobie, racisme) au sein des médias romands. En une semaine, la page a réuni plus de 5000 abonnés et les témoignages affluent. Avant tout de la RTS, avec des détails souvent accablants, mais aussi d'autres médias francophones suisses, du Tessin et de Suisse alémanique. Une représentante du collectif répond aux questions du Temps.

Le Temps: Pourquoi avoir créé ce compte ?

Représentante du collectif RTS du 14 juin: A la suite de l'enquête du Temps, le collectif du 14 juin a lancé une campagne d'affichage à l'interne. Les témoignages que nous avons recueillis ont été affichés sur les murs pour les rendre visibles aux yeux de tous. Cependant, comme nous sommes beaucoup en télétravail, et que tout le monde n'a pas accès aux bureaux de la RTS, nous avons réfléchi à une manière de rendre cela public. Instagram s'est imposé naturellement.

Vous attendiez-vous à une telle déferlante?

Non, nous ne pensions pas que ça prendrait une telle ampleur. Pour moi, ça a toujours été un rêve de travailler à la RTS. J'étais choquée de lire certaines des choses qui nous sont parvenues. Nous avons déjà récolté les dires de plus de 60 personnes différentes et les messages continuent d'affluer. A tel point que de quatre personnes, nous sommes passées à six pour gérer ce compte.

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D'où viennent les témoignages?

Nous avons reçu des histoires de dix rédactions différentes. Certaines personnes témoignent en indiquant le nom de leur journal, d'autres non. Dans les petites structures, on est facilement reconnaissable. Je souligne que nous avions prévu de nous cantonner aux médias romands mais que nous avons commencé à recevoir des témoignages de partout. Ceux qui nous viennent du Tessin sont traduits, nous pensons à faire de même pour l'allemand.

Que dit tout ce sexisme des médias suisses?

Nous ne sommes pas particulièrement surprises que le phénomène soit aussi largement distribué dans le pays. Il n'y avait pas de raison que les médias y échappent. C’est bien qu’on se rende compte que le domaine du journalisme n'est pas au-dessus du monde. Depuis que nous avons ouvert ce compte, nous avons par ailleurs été submergées de témoignages en provenance non seulement de rédactions, mais aussi d'autres secteurs. Bancaire et horloger, notamment. Nous donnons des pistes aux gens qui nous écrivent depuis ces corps de métier pour qu'ils et elles soient également entendus. Notre compte se limite cependant au domaine des médias. Mais il est clair que l'abcès a crevé et la parole se libère partout. C'est réjouissant.

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