Après une quinzaine d'années de bons services, Carlo Sommaruga se désengage de l'Asloca Genève, comme l'a révélé la Tribune de Genève. Officiellement pour cause de double mandat. Le socialiste est également conseiller national et secrétaire romand de l'Asloca. Il était donc surchargé.

Et ce n'était plus supportable: les tensions dont souffre depuis 2003 la section genevoise de l'association des locataires n'ont cessé de s'intensifier, et le déficit comptable de 195 000 francs de l'exercice 2004 n'a rien arrangé.

Ce déficit record découle lui-même des tourments de l'Asloca. A Genève, l'association a été longtemps bicéphale, avec une agence à Rive, l'autre à Voltaire. Le regroupement a été décidé à l'automne 2003. Cela ne s'est pas fait sans douleurs. Trois avocats chevronnés ont claqué la porte, et un quatrième pour des raisons personnelles.

Ces départs précipités ont posé un sérieux problème de fonctionnement. Car la petite quinzaine des avocats travaillant pour l'Asloca Genève forment ensemble une étude indépendante. Traditionnellement, ils sont salariés à 70% par l'association des locataires, le solde de 30% provenant des activités indépendantes de l'étude.

Surcharge salariale

Après les départs provoqués par la crise de 2003, il a fallu former une relève. Les quatre nouveaux arrivants ont donc été engagés à 100% par l'Asloca pour se spécialiser dans le droit de bail. Dans l'esprit deleur employeur, ce plein temps n'était que transitoire. Mais pas dans l'esprit des employés. Ce qui a fini par poser problème car le contrat de travail n'établit pas cette dimension «transitoire».

La situation ne pouvait pourtant pas se prolonger: la surcharge salariale qu'elle implique pour l'Asloca a largement contribué au déficit financier de 2004. Mais cela n'a pas suffi à convaincre les avocats concernés qu'il était légitime de réduire leur temps de travail.

Les tensions n'ont cessé d'augmenter ces derniers mois. Elles ont atteint leur paroxysme en février, quand le bureau du comité de l'Asloca a envoyé aux salariés en cause une lettre de «congé de modification de contrat». Le document était cosigné par Carlo Sommaruga.

Ce procédé a choqué au sein de l'association. Membre du comité, Nils De Dardel confirme: «Il y a eu un dérapage. Mais le comité a tout stoppé lorsqu'il a pris connaissance de la procédure lancée par le bureau.» Depuis, le comité de l'Asloca tente une médiation, menée par le député Christian Grobet.

La pression d'un impératif électoral devrait aider à trouver un compromis. Car le pourrissement de l'affaire ne pourrait que nuire aux intérêts de la gauche: l'Asloca est une de ses principales vitrines, et une de ses principales sources clientélaires.

Mardi soir, un accord était presque trouvé, à en croire Christian Grobet. Il impliquait que la règle des 70% soit respectée.