La crise de l’euro ne laisse pas d’être inquiétante. Les spécialistes des questions économiques et financières interpellés n’ont guère de solutions à proposer. A l’émission Forum de la Radio romande, le mardi 12 juillet, on s’interroge sur les mesures politiques que l’Union européenne devrait prendre pour tenter de résoudre le problème. Le professeur Stéphane Garelli lance une suggestion: pour faire passer les plans d’austérité, les pays concernés devraient mettre sur pied des gouvernements d’union nationale. Et il précise: nous avons, en Suisse, un gouvernement d’union nationale depuis des décennies et cela marche plutôt bien.

Je n’avais jamais pensé à qualifier le Conseil fédéral de «gouvernement d’union nationale», mais la formule est parfaitement logique. Elle a même l’avantage d’être plus moderne que celle de «gouvernement de consensus» et moins à la Harry Potter que celle de «formule magique». Il vaut toutefois la peine de mettre en évidence ce qui permet à notre gouvernement helvétique de contribuer à la stabilité et à la prospérité du Pays, malgré les défauts qu’on peut lui imputer (lenteur, indécision, violation de la collégialité par un membre ou un autre, etc.).

La première grande qualité de notre Conseil fédéral, en tant qu’institution, c’est qu’aucun de ses membres n’est élu par le peuple, pour, ensuite, former un cabinet d’union nationale. Nos sept sages sont tous élus au 2e degré, par le parlement; ils tiennent donc tous leur mandat de la même autorité; aucun d’eux ne dépend des autres, pour sa nomination et, en outre, ils sont élus par une autorité qui, grâce à la proportionnelle, est déjà «d’union nationale». Certes, cela ne protège ni des manœuvres déloyales – voir l’éviction de Mme Metzler (qui a réagi avec beaucoup d’élégance) et celle de M. Blocher (hélas animé d’un esprit revanchard) – ni des tours de passe-passe (on se rappelle l’élection de Mme Dreifuss), mais cela oblige néanmoins à chercher un accord minimum entre les formations politiques les plus représentatives de la population. Le premier ennemi des gouvernements d’union nationale est certainement l’élection de l’exécutif par le peuple, en particulier dans un pays comme le nôtre, aux trois cultures et aux régions si diverses. Il est très troublant qu’un parti politique important s’efforce, actuellement, de casser le principe de l’union nationale en proposant une élection du Conseil fédéral par le peuple; mais le débat aura lieu; c’est le fruit de la liberté démocratique.

La deuxième caractéristique de notre gouvernement d’union nationale tient évidemment au référendum. Celui-ci, obligatoire, c’est-à-dire automatique, en matière constitutionnelle, permet aux citoyens de déterminer certains impôts, de fixer le principe d’une gestion budgétaire équilibrée. Quant au référendum dit facultatif, c’est-à-dire soumis à l’exigence d’une récolte préalable de 50 000 signatures, il offre toujours la possibilité à une minorité de citoyens de contester une loi adoptée par le parlement, généralement sur proposition du Conseil fédéral, et de soumettre cette loi à l’avis populaire, approbation ou rejet. On peut certes gloser sur la faible participation des citoyens aux votes; il n’en demeure pas moins que l’occasion est offerte à tous les citoyens de donner leur avis et que, si le résultat déplaît à ceux qui ont boudé les urnes, ils n’ont qu’à s’en prendre à eux-mêmes.

Il existe une troisième condition au fonctionnement de notre Conseil fédéral d’union nationale, c’est le respect de la règle du jeu: il faut que les partis politiques acceptent l’idée que les membres du gouvernement qui leur sont affiliés ne soient plus leur chef de file, mais deviennent bien les représentants de l’ensemble du Pays. Il faut que le parlement s’en tienne à la répartition des rôles entre législatif et exécutif; il faut que tous obéissent à la règle d’ordre de la majorité après un vote, même quand un résultat déplaît. Il faut, en fin de compte, une certaine forme de patriotisme.

* Ancienne conseillère nationale libérale.