Editorial

Un Conseil fédéral en état de faiblesse

EDITORIAL. L’annonce chaotique de la démission de Johann Schneider-Ammann est révélatrice d’un gouvernement désuni et indécis

L’annonce de leur départ est un moment privilégié pour les conseillers fédéraux. Comme cette décision leur appartient à eux seuls, ils cherchent à se mettre au bénéfice d’un effet de surprise, à soigner leur sortie. Le moins que l’on puisse dire, c’est que Johann Schneider-Ammann rate la sienne.

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Poussé dans les cordes par des rumeurs persistantes sur sa fatigue et par une funeste indiscrétion, il a envoyé en catastrophe sa lettre de démission au président de l’Assemblée fédérale tôt mardi matin. Avant de convoquer la presse en toute hâte le jour même, alors que quelques heures plus tard, il était appelé à entrer en campagne pour combattre une initiative populaire considérée comme l’une des plus néfastes pour l’avenir du pays par le gouvernement et la majorité du monde politique. Quel pataquès!

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Indiscrétion

Il est bien sûr facile de railler un conseiller fédéral qui, loyal, courtois et honnête, n’a jamais été un as de la stratégie ni de la communication, s’exprime lentement, se place régulièrement en retrait parce que son esprit libéral, apprécié par la droite et décrié par la gauche, considère paradoxalement que son ministère brille davantage lorsqu’il n’est pas dans la lumière. Mais les circonstances de l’annonce faite mardi disent autre chose. Elles sont révélatrices de l’état de faiblesse du Conseil fédéral.

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Elles ne sont qu’une preuve supplémentaire de la difficulté que ses membres ont à s’entendre, à fonctionner comme un organe collégial. De nombreux acteurs attendaient de Johann Schneider-Ammann et de Doris Leuthard qu’ils coordonnent leurs décisions et la communication de celles-ci. C’est loupé. Et si l’indiscrétion s’est produite, c’est parce que des personnes qui n’auraient peut-être pas dû l’être ont été informées des intentions du ministre. Viennent-elles d’un autre département? Ce n’est pas exclu.

Surtout, cet évitable embrouillamini survient à un moment où le gouvernement traverse une zone de turbulences et doit faire face à des enjeux cruciaux. La campagne contre l’initiative de l’UDC sur l’autodétermination est, pour l’instant, reléguée au second plan. Et la position très attendue du Conseil fédéral sur la suite des relations avec l’UE, autour de laquelle ses membres s’écharpent depuis plusieurs semaines, risque d’être fragilisée par la notification chaotique de la démission d’un, voire de deux d’entre eux, et par leur remplacement par des personnes sans doute très différentes, comme l’an dernier avec Ignazio Cassis.

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Le risque existe qu’à l’extérieur, on se demande longtemps encore ce que ce gouvernement, quoi qu’il décide ces prochains jours, veut vraiment.

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