Fidèle à lui-même. Pour sa première conférence de presse, celui qui est devenu le 112e conseiller fédéral a choisi d’être bref et très prudent. «Une élection au ­Conseil fédéral peut marquer le pays. Ce matin, l’Assemblée fédérale a été digne et a permis de mettre en évidence certaines valeurs», a-t-il commencé par déclarer sur un ton très solennel. Comme dans son discours devant les Chambres, Didier Burkhalter a insisté sur la nécessité de renforcer la cohésion nationale et a qualifié la question de la représentativité linguistique au sein du gouvernement de «débat important». Quelques petites minutes de discours donc, sans surprises par rapport à ses précédentes déclarations distillées dans la journée.

Au moment des questions, le Neuchâtelois s’est inévitablement fait tancer sur son côté impassible et lisse. N’aurait-il pas pu se montrer un brin plus démonstratif au moment de son élection? «On me reproche souvent de ne pas donner l’impression de me réjouir. Mais je peux vous assurer que c’est le cas!» a-t-il déclaré le sourire en coin. Mais le sérieux reprend aussitôt le dessus: «Un conseiller fédéral n’est pas élu pour montrer sa joie mais bien pour travailler pour le bien du pays.»

Déjà, quelques inquiétudes ont pointé quant à sa communication. Comment lui, si réservé, qui succède à un Pascal Couchepin au style très direct, compte-t-il la gérer? «Je souhaite que ma communication soit celle du Conseil fédéral. Il est important qu’elle soit maîtrisée», s’est-il contenté de dire dans sa prudence légendaire.

Pas d’entorse à la collégialité

Et l’hypothèse qu’il hérite du Département fédéral de l’intérieur (DFI) si aucun autre conseiller fédéral ne décide vendredi de changer de ministère? Le spécialiste des affaires militaires déclare qu’elle est «assez évidente pour beaucoup de monde» et qu’il accepterait ce département «avec honneur». «J’ai été élu comme conseiller fédéral et pas comme chef de département. Donc toute autre option me réjouirait aussi», s’est-il toutefois empressé d’ajouter. Sur les dossiers du DFI, Didier Burkhalter a souligné l’importance de dépasser les blocages et de passer à une «culture du progrès». «Il serait par exemple souhaitable que le parlement passe à la vitesse supérieure concernant certains dossiers comme les réseaux de soins (managed care)», a-t-il lancé.

Oui, a-t-il encore affirmé en réponse à une question, il est favorable à un département de la formation. «Mais cela doit être discuté au Conseil fédéral. Je ne veux pas commettre une entorse à la collégialité avant même d’entrer en fonction!» Didier Burkhalter n’a pas esquivé la question sur le fait que le Conseil national a, le jour même, dit non à un projet qui lui est cher: l’envoi de soldats suisses dans le golfe d’Aden pour lutter contre la piraterie. Il a tout de suite rappelé que le Conseil des Etats avait, lui, donné son feu vert. «Une défaite n’est pas encore une guerre perdue… Ce dossier doit être défendu avec ferveur au Conseil fédéral», a-t-il ajouté.

Trente minutes après le début de sa conférence de presse, Didier Burkhalter fuit les journalistes qui veulent l’interroger de manière plus approfondie. C’est qu’il a déjà un agenda de ministre…